Tout envoyer dans les airs
C’était la grande période du ski nordique. L’hiver battait son plein, les traces se suivaient dans la neige fraiche. Les branches des arbres s’écartaient en ovation au skieur qui filait devant elles. Que l’hiver soit froid et rigoureux ou trop chaud, nous skiions, à en perdre toute notion d’autres chose. Nous ne vivions que pour cela, et nous allions au plus haut parfois chercher la neige. Filer, accélérer, en plein soleil, dans la nuit, ou avec des flocons qui me fouettaient le visage, cela imbibait mon cerveau d’une douce inhibition des sentiments habituels. Plus rien n’existait que la piste, le paysage, mes skis et mon cœur. Je ne sais quelle substance coulait alors dans mes veines et commandait à mes muscles de continuer encore, jusqu’à l’épuisement. Et quand enfin, l’épuisement arrivait, mon corps s’étendait au milieu d’une combe, devant mes yeux défilaient les nuages, les sapins autour saluaient cette dévotion. J’aimais skier seul pour ces raisons qui ne regardaient alors que moi. J’étais seul dans la nature, je me fondais dans la blancheur des collines, seul au contact des éléments, et cette douceur ressourçait et délavait tout mon être. L’effort intense était une drogue, tout autant que l’imprégnation dans les éléments qui font la Terre. Cela se retrouvait également, d’une autre manière lors de longues vadrouilles en montagne. Mais le ski de fond sans la convivialité n’est pas le ski de fond. Et courir au côté des grands noms, ou avec des amis qui se lancent des « prunes » en rigolant, c’était tout aussi formidable. Nous traversions le Vercors, le Jura, les Vosges, le Queyras lorsque la neige se faisait attendre ailleurs. On n’en avait rien à cirer, toute la neige semblait tomber pour nous, partout où nous allions ! On pouvait à la fois skier avec la tente sur le dos, ou en simple combinaison et dossard.
Le Grouch'
Ton pays, c’était les Vosges, ta passion c’était le soleil d’automne, celui qui chauffe encore bien l’air déjà sec et au fond frais, celui qui fait doucement disparaître la rosée et qui allonge vite l’ombre des bouleaux du fond du jardin. Les douces collines, la vue sur Champdray, la forêt de hêtre, les vaches, c’était ta terre. Un peu comme moi d’ailleurs mais la vie en a voulu autrement, me poussant vers le sud et les très hautes montagnes, ces pays lointains beaucoup trop loin pour toi, mais où il y a aussi des oiseaux et des écureuils. Le haut des Fourches t’a accueilli dès ta naissance. Ta mère Charlie t’a confiée à nous, tu as juste eu à traverser le champ, la peur au ventre dans les ronces. Et puis tu t’y es fait, l’air était le même de l’autre côté. J’me souviens bien de ce printemps. J’étais à l’école primaire dans la classe de Mr Humbert, je vivais de parties de billes et de cabanes dans les bois, tu as été de suite mon compère, un chat complètement givré, tu connaissais ma forêt comme personne. Ta fourrure était invisible dans les feuilles d’automne, tu te baladais incognito dans la belle forêt de hêtre. C’est sûrement grâce à ça que tu as chopé les écureuils du coin, et moult oiseaux inattentifs. On en a sauvé certains, mais on ne pouvait pas faire grand-chose face à un chasseur de ta trempe. Tu faisais le spectacle pour toute l’assemblée quand y’avait les copains et la famille : Pierre-Henri, Bocho, Marie, Jean-Mi, Adrien, Marianne, Thérèse, Biloute, Dominique, Catherine, Benoît, Claire ou Etienne… Tu devenais le plus cinglé des clowns au crépuscule printanier, et j’me souviens que j’étais toujours là pour faire le dingo avec toi sous le grand frêne et à travers le jardin. Je t’ai même souvent emmené au sommet de l’avison, une sacrée ascension pour toi, t’allais vers l’inconnu, le vaste monde et ça te rassurait pas trop, hein. La renaissance de la nature, t’adorais ça, ça te ramenait les oiseaux, les papillons, le soleil, les longues journées. Tu te trouvais des coins bien pépouze dans tous les environs… Je connaissais tes repères et quand je revenais de l’école, du collège ou plus tard du lycée, je savais où te trouver. Et si jamais t’étais pas dans les parages, je sifflais une minute, et t’arrivais en galopant pour ramasser quelques câlins. T’étais mon copain, Le Grouch’, t’étais mon vrai copain de toutes ces années. On se comprenait bien, nous deux, et c’est con que je sois parti pour ça. On se revoyait de temps en temps, on se retrouvait. Mais tu le sais aussi, on ne vit vraiment bien et on n’est tranquille que lorsqu’on est auprès, et au plus près des gens qu’on aime, sur une terre qui nous a fait et qui nous accepte. Alors tes Vosges, ton haut des Fourches, t’en a bien mangé, le soleil qui chauffait la terrasse et la douceur de l’herbe verte, la moindre branche du grand frêne, personne ne connais ça mieux que toi.
L’été tu commençais par être la star du quartier, quand tous les cousins rappliquaient, c’était la grosse fête. Et comme font pas mal d’humain dans le pays, on allait assouvir notre soif d’ailleurs pendant les chaleurs du mois d’août. On allait goûter au semblant de liberté que nous offre notre société, on s’élevait un peu plus haut, un peu plus au sud, là où les arbres ne poussent plus et les torrents impétueux surgissent des glaciers. Toi tu continuais ta vie au calme, tata Yvette venait te rassurer et te dire que de toutes façons, faudrait bien qu’on rentre. On arrivait, un sentiment bizarre dans le ventre, une joie triste, une allégresse nostalgique de fin de voyage et de retour au pays. Tu nous accueillais direct et nous disais : « Mais vous êtes complètement cons de partir aussi loin, regardez comme on est bien ici, ça suffit, pas besoin de se foutre dans un bolide pour voir des grosses montagnes ou des gens qui parlent autrement ! Ah vous me faites marrer, bande de cons, vous faites chier de partir comme ça sans prévenir tous les six mois ». On te calmait et puis c’était l’automne, les feuilles rousses, le soleil qui rase un peu plus et qui transperce les herbes hautes. Comme nous tu sentais l’hiver venir, et tu profitais un maximum des dernières chaleurs sur le petit banc de pierre qui ramassait tous les rayons. Nous, on fartait nos skis, toi t’attendais qu’on fasse du feu dans la cheminée, tu venais demander le gras du magret de canard, tu pionçais dans ma chambre entre ta souris du matin et ton geai du soir. Et puis en hiver, tu trouvais encore à râler : « Mais vous êtes vraiment idiots de vénérer la neige, regardez moi ces flocons maudits qui cachent tous les mulots, qui font froid aux pattes, et qui couvrent mon herbe. Vous êtes vraiment bizarre. Mais heureusement que vous faites du feu et que j’me fous aux premières loges quand même ». T’attendais qu’on revienne du ski sous la nuit. On arrivait, t’étais là, tu gueulais, et dès que l’allumette craquait dans la cheminée, tu te prélassais devant l’âtre. T’avais la belle vie mon gros, et elle a duré longtemps. T’étais un chat heureux, plutôt copain avec les humains dont tu comprenais le langage qu’avec les autres miauleurs. Quand une minette a rappliqué à la maison, c’était pas la grosse joie. On l’a filé au Biloute pour que t’arrête de faire la gueule.
T’étais aimé de tous, mon gros père. Et Maman a fini par te caresser tu vois, si c’est pas un exploit. T’aurais pas pensé ça quand tu te faisais surprendre à manger une tarte ou que tu ramenais une proie dans la maison ! On te regrettera, et on se reverra peut être un de ces quatre et on se dira des « ronrons » au soleil.
Vagabondage on the road
En cette fin d’été, les trains passent ; comme d’habitude, en fait. Il me reste encore une heure avant que le mien me ramène à Gap, avant qu’il me renvoie à la vraie vie, à la société normale et ses horaires, ses salaires, ses courses, ses loyers… Ces trois jours, encore, je me suis enfui, sous mon costume de vagabond. Au gré de nos envies, avec ma compère Laura, nous avons parcouru les plus belles routes de la saison. Nous avons flâné au marché du samedi matin. Ça sent la lavande et les légumes bios, on est bien dans la Drôme. Les passants honnêtes et vacanciers bienséants s’offusquent de nos discussions un peu trop osées à un peu trop haute voix et de nos rires un peu trop ouverts. On se marre. On n’en a rien à cirer, on boit du rosé au son de l’accordéon. On achète des bouquins au barman, on échange trois conneries et on file en Ardèche. Oui car cette aprem, on va voir l’abbé. C’est un fameux pote qui bosse là bas pour l’été mais qui reste le plus clair de son temps complètement injoignable. Faut tenter, on va le trouver par surprise. La route est belle et on file à travers les méandres routiers d’Ardèche. De fil en aiguilles, du parc où il bosse à sa roulotte, on finit par le dégotter avant qu’il s’en aille à Grenoble dans le Vercors. Alors, puisqu’il fait beau et qu’on est là, on pique une tête ensemble. Ça plonge bien, les vacances sont sur leur fin. Et ce dingo enchaîne les voies d’escalade et les sauts de l’ange. Pendant ce temps, Laura reprend ses esprits des dernières émotions. Après un bon rappel des hostilités prévues les semaines suivantes, on se quitte sans trop pleurer, et je reprends la route avec ma douce Laura. Direction Bonneveaux, bled d’à peine cent âmes indiqué par le guide abbé. Un festival musical nous attend : Reggae acoustique, rock festif à coulisse et tout le toutim. La route sinue tant et plus. Puis elle s’élève, et passe au dessus d’un ruisseau des plus accueillant. S’élève et sinue encore dans les châtaigniers. Et voilà les trois baraques de Bonneveaux. On monte encore jusqu’au col du Péras, siège de la soirée, amphithéâtre de pierre. Le soleil se couche sur la Lozère, au loin le Ventoux s’éteint. La musique prends la suite de la lumière, les frites cuisent, la bière et le vin coulent dans nos gosiers. Les corps se réchauffent et la musique pète. Le bassiste blond et sa grosse voix accompagnent le guitariste dreadeux qui rythme et chante sacrément aigu. Quand les deux là se calment, le guitariste de gauche s’active et nous envoie une ribambelle de solos bien placés et impeccables. Evidemment, derrière tout ça, un batteur surnommé « l’ancien » rythme le tout et tambourine tout ce qu’il peut.
Des grands maigres barbus errent et tourbillonnent. On est au cœur des communautés du retour à la campagne des années 70. Tout un imaginaire magique les entoure. Ils paraissent comme des vieux sages qui ont vécu un rêve. Ils auraient tant à nous apprendre mais dégagent une aura telle, qu’on s’y heurte. Puis le guitariste s’affole et nous emporte. Adrian et Célia n’y pourront rien, ni le chanteur du plus pur style abélien.
Réveil au petit matin, des punks encore très excités écoutent de la musique. Nous, on se taille et on remercie ce lieu emprunt de culture humaniste de nous avoir accueillis.
Laura me dépose avec mon vélo et sa charrette au premier bled. Je devais trop puer, ou alors c’est qu’elle devait voir de la famille à trois heures de là. Je me retrouve seul sur ma bicyclette. Seul, comme cela ne m’étais pas arrivé depuis si longtemps. Juste en tête à tête avec ce fichu moi-même que j’avais pas croisé depuis un bon bout. Enfin. Seul dans ce pays perdu, comme délaissé, mais si beau, qui évoque pour moi la pleine sérénité. Vertes vallées, hauts monts… La confiance là, cette terre est bienveillante. Visite au chef de gare pour planifier le retour à Gap ce soir…Après les multiples simulations du bonhomme, je retombe sur mon plan initial. Ces fumiers de la SNCF sont pas capables d’aligner les trains qui acceptent les vélos. J’irai donc à Bollène ce soir, 110 km plus loin. Mais avec dix bonnes heures devant moi, la vie. Une visite à la boulangère de Genolhac et au café du coin, et hop, c’est parti pour la chevauchée. Ça pédale, et j’admire le vert de la Lozère, le bleu pur du ciel, un sourire au moins jusqu’aux oreilles. Je me retrouve, des gestes simples, un objectif simple, rien à penser, tout à penser. La route au pied du Mont Lozère est majestueuse et s’élève jusqu’au col qui permet de rejoindre Les Vans. Je me rappelle les vacances familiales dans le Tarn non loin d’ici. Les mêmes cailloux, les mêmes genêts. Mes souvenirs s’engouffrent dans un chemin sur la gauche. On dirait une profonde forêt vosgienne. Je me revois gamin, construisant des cabanes au pied des hêtres et glissant dans les feuilles avec les copains. La même végétation ici, en versant nord et ombragé. Des sapins, des grands pins, des hêtres, de la bruyère et le chemin qui devient sentier. Je laisse alors mon vélo et monte au sommet à pince. Et là, tout le panorama s’ouvre à moi, des Cévennes aux Monts d’Ardèche avec le puissant Mont Lozère au milieu. Disséminés ici et là, quelques hameaux de pierre, des bergeries sont perdus au milieu des forêts et des landes de bruyères et de genêts. Ce pays m’attire, me parle. Tout à la fois sévère, rude et chatoyant. Un jour je vivrai dans le coin.
Maintenant, manger mes victuailles et reposer un tantinet car les heures dernières ont été chaudes ! Les tâches vitales m’appellent. Voilà les vraies tâches de la vie. Ça a plus de gueule que de calculer une ligne d’eau et d’en pondre un rapport. Le hamac tendu entre un hêtre et un pin, je pose mes réflexions d’heureux cycleur sur ce carnet. Le temps me paraît suspendu comme un saucisson et je prends conscience du frénétisme aberrant de la vie dans notre société. Vie professionnelle, vie sociale, loisirs… Comment retrouver dans tout ça la sérénité, la plénitude, le calme, la nature et la pépouzerie ? J’y suis à présent et en redemande encore et encore. On s’éloigne de cette Terre mère qui nous a fait ! C’est presque comme si on la reniait et qu’on s’en fichait ! Voyons comme il est bon d’être près d’elle.
Le temps me rappelle, me rattrape. Il faut que j’y retourne, pédaler. Et c’est pour une descente fantastique. Quitter ce pays si vite est un peu difficile mais au loin je distingue les alpes. On reconnait le Vercors, le Grand Veymont, le glacier de la Girose, les écrins, le Dévoluy et bien au sud, le géant de Provence… Après quelques bavardages avec des badauds aux Vans, je file, pédale sous le cagnard, et avale les kilomètres plats. Les cyprès remplacent les sapins, les oliviers et les chênes ont pris la place des hêtres. Le calcaire remplace les grès et les roches volcaniques cévenoles.
Ronronnant sur ma bécane, je me retourne de temps en temps, voir s’éloigner le grand Mont Lozère et les hauts ardéchois. La civilisation revient. La route est de plus en plus large, avec de plus en plus de circulation. Des flics, des ambulances, des motos… Et puis des lignes électriques, des voies de décélération, des champs immenses, des déchetteries. Et enfin la gare de Bollène où je pose ces quelques lignes.
Un week end grandiose, une journée bénéfique. Mais trop court. J’en retiens tous mes amis qui m’ont manqués, cette chère Laura toujours partante pour une connerie du genre… Un jours on se fera ça plus longtemps et ensemble, bien pépouze dans un coin de paradis.
Le Piolit en véloski
5h : le réveil sonne. Dur dur. Hésitation entre grâce mat’ et vadrouille pour la journée. Ce sera vadrouille. Un café, 6 tartines, comme d’habitude. Préparatifs rapides et sommaires, faut y aller. Lunettes, polaire, gants, casque, graines, litre et demi, pain, fromage. Mais aussi, peaux de phoque, bâtons, chaussures de ski et skis bien lourds. Le tout savamment disposé sur le vélo ou sur le dos.
Et c’est parti. Programme du jour : gravir le Piolit en entier depuis Gap. Départ de la maison en vélo, traversée de Gap. Quel plaisir de pas avoir pris la bagnole, de pas avoir entassé la masse d’affaires dedans, et de pas appuyer sur un accélérateur comme les autres jours. Et de bien prendre la mesure réelle du kilométrage entre la maison et Rouanne Haute, sans voir ça comme une quelconque transition inutile. Il fait encore nuit, les camions poubelles finissent, la balayeuse freine dans la rue Carnot. Les derniers excités rentrent chez eux. Les étoiles s’éteignent une à une. J’attaque maintenant les premières rampes de Bayard. 6h30, pas un camion qui moufte. Mais ça chauffe, la polaire tombe, le rythme des jambes vient. Les skis ont l’air bien content dans leur fauteuil.
Ils reposent justement sur la petite pièce en bois ajustée la veille en dessous de la selle. Des tendeurs évitent qu’ils reposent sur la fourche. Afin de ne pas être gêné par les fixations de ski lors du pédalage, celles-ci se situent sous le guidon. Tout le poids du ski (ceux-ci doivent bien faire leurs 5 ou 6 kilos la paire) est sur la fourche avant et n’avantage pas l’équilibre. Mais pas le choix. Avec les skis de fond légers ou les skis équipés en low tech, ça ira mieux !
Montée du col de Manse sur la piste cyclable, merci. Quelques randonneurs pressés me doublent à toute vitesse pour avoir la meilleure neige. Pas affolé, le jour se lève tranquillement, un jeune cerf galope dans un champ sous le refuge Napoléon, sûrement surpris de croiser un cycliste à cette heure. Enfin au col, les grosses montées c’est fini… C’était sans compter la piste qui grimpe à Roanne haute. Et quelle sacrée montée. Le VTT prend toute sa fonction. Les caillasses font bouger un peu les skis, mais ceux-ci seront bientôt libérés, et iront vite tâter la neige printanière.
Après avoir caché le vélo, je monte dans la neige encore bien dure. Je rattrape Yolande, skieuse solitaire, qui m’accompagnera pour la suite du ski. Le soleil se pointe, et nous suivons l’ombre pour faciliter la progression dans la neige glacée. Le passage sous la barre rocheuse est impressionnant et débouche sur le plan et le vallon menant au Piolit. L’hypoglycémie commence à guetter. Je panse ça avec quelques graines et de l’eau et reprend la course comme je peux. Mais l’estomac gronde, le souffle est court et la tête tourne. En plus le dernier raidard est là. Plein soleil, grand chaud, neige qui mollit, estomac qui coince et cerveau qui fume. En haut, enfin, je m’enfile mon pain et mon fromage, fait fondre de la neige dans ma bouche, tout en admirant le paysage. Les écrins, le lac de Serre-Ponçon, les champs qui verdissent. Les hauts de l’Ubaye, le Ventoux, les Baronnies, Angèle, Céuse, Le grand Dévoluy… Tout est là. Tout y est. Mesdames, Messieurs je vous salue bien bas, et m’en vais retourner dans le petit monde des hommes.
cente est très bonne, à peine trop molle par endroits. Nous nous retournons une dernière fois pour saluer longuement nos hôtes et retournons dans la vallée ensoleillée. Ma compagne du jour me descendra mes skis à Ancelle. Le dispositif n’est pas encore idéal pour les pistes de cailloux, et encore moins en descente. Retour à Gap, à toute vitesse, presque aussi rapide qu’en voiture. En bas, les gens font leur promenade du dimanche, bronzent sur les bancs publics ou visitent le salon du véhicule d’occasion. J’ai l’impression de revenir d’une autre planète en sentant les odeurs de barbecue et d’hydrocarbures. Perso, je vais aller faire la sieste au soleil, l’esprit complètement serein, avec une sensation de faire partie de cette nature, et d’avoir pu découvrir entièrement le contraste de ce début avril. Et avec pleins d’idées pour repartir une prochaine fois, vers d’autres montagnes, plusieurs jours.
Ski ski ski
Durant deux jours, les forêts, les clairières, les combes se sont animées soudainement. Les cloches, les cris, les clameurs ont résonné dans les villages du haut Jura. Prémanon, Les Rousses, Bellefontaine, Bois d’amont, Chapelle des bois et surtout Mouthe, ont connu une grande fête. Dans les forêts du Massacre et du Risoux, seuls sifflaient les souffles des skieurs et leurs frottements de skis sur la neige. Ils se suivent, se doublent, se saluent, dans un souffle d’efforts et de plaisirs.
Si le but officiel de cette procession de fourmis est Mouthe, les raisons de tous ces efforts sont multiples. On peut venir pour traverser ces paysages mythiques, ce milieu rude, filer parmi les immenses épicéas croulant sous des tonnes de neige. Partie intégrante du grand folklore de la transju, on sera alors ramené à notre condition primaire de skieur : la traversée d’un vaste et haut pays, passant par de larges combes, des forêts profondes et des villages chaleureux. Voyager d’une manière, devenue désuète, à travers ce noble pays, est aussi certainement un but chez tous ces skieurs. C’est l’occasion rêvée de faire une traversée, rapidement, loin des boucles raccourcies de nos stations nordiques françaises.
On vient également pour se donner l’occasion de se mesurer aux grands de la discipline. On pourra avoir une référence physique et technique. Tous les ans, le grand concours amical sera lancé. Tous seront présents. Les amis habitués, les connaissances, les renommés, les inconnus, toute cette grande masse de fondeurs de France et d’Europe. Tous seront passés par les mêmes préparations.
Tous auront avalés les kilomètres depuis le mois de Novembre. Tous auront passé Noël le nez au vent, bravant toutes les conditions pour sentir la vitesse sous ses semelles. Le but de cette préparation, de cette acclimatation est autant physique que morale. Le skieur doit pouvoir se faire accepter du milieu nordique, de la piste et des éléments naturels vivants, cristallins et atmosphériques. Tous les skieurs se seront également enfermés la veille dans les vapeurs de glisse, fer et brosse en main. Le fartage aura animé les discussions et les soirées. Chacun y mettra sa petite touche personnelle, s’enivrant d’odeurs de paraffine, de poussettes ou de klisters.
L’effort est intense, dur, continu. Perdu au milieu du Risoux, le skieur slalome entre les sapins, suit les courbes de la piste, double encore des skieurs en attaquant les ministres. Les pas se succèdent, les muscles surchauffent, le souffle est court, les arbres virevoltent, les flocons dansent soudainement face aux mouvements successifs et coordonnés du patineur, proche de l’inconscience. Dans une nuée d’étoiles, la descente arrive enfin, salvatrice. La bise cristalline qui fouette le visage réveille, la piste s’avale à grande vitesse. Tombeau ouvert, le skieur réalisera que la souffrance de l’effort génère d’autant plus de plaisir.
Et le train infernal reprendra, dans cette hymne à la vie pour atteindre son paroxysme sous la grande cloche de Mouthe, libération de l’être, étreinte finale du pays jurassien et du ski nordique à ses fidèles.
Peau d'lapin!
Sérichamp - un des hauts lieux de ce monde.
"Comment peut-on retracer avec justesse les sentiments humains lorsqu'une seule pensée ferait sauter les circuits imprimés des meilleurs ordinateurs à chaque secondes" *Ou un truc comme ça - Greg Child
Aunze rôde eughène
* Quand y'a une ZEP ça va, c'est quand y'en a deux qu'on fait un vrai groupe de rock* Pololom Tssssssssh
Automne
L'Automne, au début, c'est comme l'été mais avec des colchiques. Il fait beau,il fait chaud, on transpire encore, mais le soir arrive vite et vaut mieux avoir un gilet sous la main. L'Automne a commencé à Annecy, c'est tombé comme ça.
Il avait pas prévenu, et on s'est dit : ça y est. C'était la tarte aux brimbelles dégustée au refuge? La tomme de l'été à tomber par terre? (si si)
Vu qu'il y avait des vaches, c'était normal qu'il y ait des mouches. Mais au final, il y en avait quand même moins. Oublié aussi les moustiques du mois de juin. Oublié les bottes de foin d'Ardèche, oublié les baignades et les plongeons qu'on fêtaient joyeusement autour d'un barbecue. Le Mont Blanc s'est quand même montré, histoire de dire qu'il était toujours là, et qu'il y resterait.
Alors rien n'est perdu. T'y va une fois, t'y retourneras. L'été n'est jamais perdu, et il reviendra. Alors on entre gaiement dans l'Automne, la lumière y est plus sereine, moins accablante. La montagne prend une autre dimension
C'est aussi à Annecy que les premières couleurs sont arrivées sur les feuillus. Le soleil, encore généreux, envoie ses rayons sur les hêtres du Semnoz, duquel la vue s'étale des Aiguilles rouges aux écrins. Le champignon pousse, le cerf brâme, et les hommes dansent gaiement
Peu à peu, le jour nous réveille plus tard, on peut voir le jour poindre au petit dèj, les tartines n'en sont que meilleures. Les bivouacs se font plus frisquets, les nuages bas plus tenaces et les faces nord un peu plus neigeuses!
On commençait à peine à s'y habituer, que le réveil du matin nous offrait encore des étoiles. Les dernières sorties VTT du matin pour aller au boulot, l'air frais, le chevreuil qui traverse devant mon regard, la brume, le givre sur les vitres...
Et les couleurs sont chaudes pourtant. Le soleil s'abaisse sur les hauts pics. L'herbe jaune est accueillante et les rayons réchauffent le bonhomme à l'abri du vent.
Les moutons descendent et les vaches laissent des bouses sur la route...
En automne, le temps qui passe est agréable. On sent toute la puissance qu'un ciel bleu pâle, puis rose, puis mauve dégage. On se sent petit devant toute cette nature qui prend, qui fait et qui défaitles choses. Il faut savoir se poser, regarder et admirer tout ce changement, si petit qu'on est, et sentir toute la sérennité de faire partie intégrante de cette puissance.
Et c'est les premières neiges à Lus la croix haute. L'automne donne des allures de Norvège. On monte de moins en moins haut pour trouver la neige.
En bas, les feuilles finissent de tomber et les champignons s'épanouissent.
Le danseur fou a besoin d'un chapiteau et le feu réchauffe les engourdis.
Et hop, les aiguilles de Chabrières prennent leur premier coup de blanc. On commence à trépigner (depuis Septembre, en fait), on regarde la météo deuxfois plus que la moyenne, bientôt trois. On squatte les sites de petites annonces, on sort le chéquier pour s'inscrire aux courses de ski. On affûte l'entrainement et on commence à simuler le virage télémark (appelé aussi Sondre Turn dans le milieu) nimoprte ou nimporta quand. En pleine cuisson de la soupe, devant le poële, et même le dérapage sondre devant le téléphone.
Et puis un jour, le jour où t'es coincé dans ton bureau, déjà hier d'ailleurs. Et en plus, tu sors il fait nuit, c'est la déprime. Bon c'est vrai en Norvège c'est pire. Ce jour là, il pleut terrible, des cordes. Toutes les webcams du coin sont pleines de brouillard... Ya comme une tension dans l'air. L'eau tonne sur le pare-brise et les essuies glace sont au taquet.
A la maison, le petit feu réchauffe l'esprit. Qui se libère aussitôt.
La ptite soupe au potiron, un ptit bouquin, les pieds, s'ils avaient pu servir de combustible au feu, ils l'auraient fait.
Le jour c'est parapluie, parka et les gens râlent. Déprime totale.
Mais en même temps, le vendeur de pneus fait ses affaires, les ptites annonces pour les skis en veux tu en voilà! On sent que l'automne périt. Le jour est faible, l'arbre est raide et subit les coups de vent. Les oiseaux trainent au sol. Le premier vin chaud succède à la dernière bière ambrée.
C'est pas encore l'hiver, on va courrir dehors, parfois à la frontale, sous la pluie, les sommets sont roses très tôt. Première tartiflette, premier dimanche à l'intérieur.
Et puis d'un coup, paf!
Sa a posé, les mélèzes encore colorés deviennent blancs. Sa a posé! Alors hop hop hop, il convient de profiter de la "fenêtre"!
Mais non, que nenni! Vous aviez cru que l'Automne se serait arrêté comme ça? C'est mal la connaître, elle est tenace. Un ptit coup de 10°c et il n'y parait plus. Nous revoilà, nous autres, faibles humains, à piétiner, à regarder les films du Dod' au rencontres du film de montagne! On continuera encore un peu à courrir en admirant les flancs sud encore jaunes. C'est un entrainement pour Monsieur l'Hiver! Evoquer son nom en fait trembler plus d'un, et les frissons nous ébranlent!
Tout ça pour dire que l'Automne, c'est tellement bien que c'est un truc de fou malade
Un petit thé, qui servira de viasselle aux pâtes/pesto pas cuites.
Les vacances du ptit Jaky
Vive les congés pas payés. Le stage est fini, la ptite twingo me conduit directement de Gap à Lesches en Diois ( un bled très marrant rien que par le nom). Les étoiles filantes bercent le sommeil, Morphée a le bras long. Par la suite, il sera bon de rouler pépouze, avec Renaud dans les oreilles, tantôt engloutissant le croissant du coin, tantôt déglutissant l'abricot des parages. La direction est l'Ardèche, terre promise des festivités et ripailles de l'été. Y'avait des vélos, tour de France oblige, et des rivières.
Là, j'ai retrouvé Franck et Laura, c'était on ne peu plus pépouze. On s'est enivrés de concerts Chabrianesques, y'avait même des hippies qui jouaient du tamtam. Et un mec a même sorti champignons, melons, courgettes et liqueurs pour qu'on puisse être au top du bien être.
Le type s'appelait "Le Flo", il était vachement perché mais très sympa, ce qu'on appelle un ardéchois dans le jargon.

Au bord de l'eau, j'ai pu faire du feu, des belles photos et boire de la bonne Leffe que Franck avait préservé au frais. Vu qu'on dort pas trop ces temps-ci, les rochers ont accueillis notre sieste puis nos plongeons. Laura avait du savon bio, du coup, on a pu se laver aussi!

Nounette est arrivée en pleine forme pour la deuxième soirée de concerts où on a notamment écouté la Rue Ketanou mais j'ai pas trop fait de photos.
En tout cas, l'ambiance était là, les jeunes étaient en forme et nous aussi. Yavait même des gens qui nous on offert du pastis. Et Robert avait l'accent savoyard, du pain et du saucisson. On revient souvent à la bouffe et à la boisson mais ça valait le coup. L'ambiance roots et villageoise était bien là, et on serait bien resté encore longtemps pour jouer à des jeux en bois, se baigner dans les rivières et rencontrer des gens sympas et foufous.
Après, j'ai fini par me baigner à Annecy avec Elena. La grande remontée vers le pays des sapins est opérée. La halte est rafraichissante, et puisqu'il est bon de le redire : Annecy est une ville bien chouette, et la grâce matte y est bénéfique.
Monte Bianco
Vendredi soir à Saint Gervais.Sa y est on y est. On s'y prépare depuis au moins un jour.Le matos est prêt, le saucisson est dans la poches, les tommes sont dans le sac.

Et le ptit train samedi matin après les derniers préparatifs sur le quai. T'es tendu? Non ça va... Enfin ...

Au moins, on se régale des images de ce massif emplis d'histoires glorieuses et tragiques.

La neige arrive à Tête Rousse. Le Riton et le Seb sont dans le moov, sa grimpe sévère
Repas simple et bouteilles d'eau à 5€. On est quand même contents


Allez les mecs, maintenant, c'est parti. 3h du mat pleine balle, on va au radar frontalistique
Lever de soleil à Valot (4400m)
L'arrête des bosses la magnifique, c'est mieux que le taf, mais sa bosse quand même
Ptite gentiane à 4808m. Merci Riton, sa ravigotte
Ode à la (télé)marque de la pureté
"Libère ton talon, ton esprit suivra" entend-on partout sur tous les toits et dans tous les marchés et souks.
A tous les prisonniers de leurs fixations, l'évasion n'est pas si compliquée

On commence par le très grand Xav. Libéré en janvier 2009, enfin.

Et un des grand leader du mouvement séparatiste pur.

Bien sûr, il convient de s'y essayer en ski de fond. tout bon patineur doit savoir fendre la bise avec ses cuissots!
J'en profite pour citer un grand de ce monde, Monsieur Fridtjof Nansen, un Norvégien sans aucun doute :
"En norvège, le patinage sur les skis est un sport national. Aucun exercice ne développe plus la vigueur du corps, le sang froid et le coup d'oeil. Vous parcourez les bois par un beau froid, vous vous trouvez au milieu d'une nature grandiose dans son linceul de neige éblouissante, vous courez par monts et par vaux, et quelle sensation plus agréable que celle de descendre à toute vitesse les collines, la figure fouettée par la bise, tout votre être attentif, prêt à imprimer aux patins une nouvelle direction à la vue d'un obstacle. Au milieu de la forêt, loin du tumulte des villes, vous éprouvez la délicieuse sensation de la solitude, et cette sensation exerce une profonde influence sur l'esprit"
En pratique, la libération de la soeurette, le débarquement des patins au pays des sapins

La sortie de l'ombre. La lumière vient à vous, l'aurore du monde vous attend!

Tes courbes me donnent des vertiges...
Laissez moi aller à Barcelonette! Pouet Pouet

Sorti de prison, le stop vers Barcelonette, ça marche pas trop, Pouet Pouet. Mais en free foot, le sourire est présent
...
Merci, Ô Sondre, de nous avoir envoyé de l'or blanc!
ET FINALEMENT POURQUOI TELEMARKE-T-ON ?
Hé bien non ! on telemarke car les sensations de glisse que procure cette discipline sont INÉGALÉES. Et n'oublions surtout pas, qu'à terme, et pour un retour à l'origine de tous les skis, nous skierons avec un baton de bouleau et coiffés de chapeaux en peau de lapins...




























































































































