El chico loco

13 juin 2018

Merci

Alors c’est vrai, c’est la fin. Il paraît. Bientôt ce sera la fin. Tous le disent. Même les riches, même les puissants. Ils n’ont même pas réussi à mettre assez d’argent dans la science pour les tirer de là, les exporter sur une autre terre. Comme si l’argent avait ce pouvoir, hé ! Alors oui, les erreurs ont été accumulées depuis de trop nombreuses années, depuis même des siècles. La société des hommes était bien trop grande pour durer. Les guerres de territoire, de pouvoir. La tyrannie des puissants a fini par couler nos civilisations. Depuis toujours, cette tyrannie a fait souffrir beaucoup trop d’hommes, beaucoup trop de peuples, et même beaucoup trop d’animaux, d’espèces animales et végétales, et aujourd’hui c’est tout le monde qui paie. La vie entière paie une part des excès de ces humains. Intelligents, mais mal organisés, trop peu solidaires, avides de pouvoir et de terres. Avides d’un bonheur pourtant accessible mais pas tout à fait là où les puissants s’y vautraient. On ne peut pas leur en vouloir. Ils avaient des défauts c’est sûr, et c’est triste. Mais je retiendrai aussi ce que nombre d’entre eux ont pu produire. La musique, depuis longtemps, sort de leur doigté et enveloppe leur âme. Toutes ces musiques, quelles qu’elles soient, sont des concentrés d’émotions que seuls les hommes ont pu produire, et qu’ils ont pu partager entre eux. Toutes les formes d’art et de pensées sont également des émotions fantastiques transmises par les hommes. Je retiendrai donc toutes ces belles choses qui font d’eux des gens pas si mauvais, voire même très bons. Mais chacun a ses travers, et ça finit par peser lourd quand on est trop nombreux, trop nombreux à vouloir être se distinguer, à vouloir être au-dessus, au sommet. On a tous ressenti des émotions indescriptibles, on a tous admiré un paysage grandiose contre l’épaule d’un être cher, on a tous vu la tristesse d’un pair et en avons pris soin. On a tous vu des foules se transcender juste par le fait d’être une foule, heureuse d’être formée d’individus heureux, et pour une fois en osmose. On a tous vu la terre, ses formes indescriptibles peuplée de milliards de vies tout autour. On a tous admiré le ciel, qu’il soit lumineux, nuageux ou étoilé. On a tous senti le vent apaisant dans nos cheveux comme dans les feuilles des arbres. On a tous vu la vie s’épanouir sous nos yeux. On a tous aimé, a un moment donné. On a aimé le soleil sur nos peaux, on a aimé se désaltérer entre nous après les efforts du labeur, on a aimé nos pères, on a aimé nos mères, on a aimé nos sœurs et frères, on a aimé nos âmes, nos âmes sœurs, on a aimé nos anciens, on a aimé nos ancêtres et notre histoire. On a aimé la vie. Et l’histoire continuera maintenant sans nous. Alors bonne chance au suivants. Même pas désolés. Car c’est comme ça. On n’était pas fait pour continuer à vivre de cette manière. Alors quand même, Merci. Merci l’histoire, merci l’histoire ancienne de nous avoir donné ça.

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22 septembre 2016

L'été 2016

Avant de nouvelles aventures, voici un résumé d'un été 2016 bien rempli. Encore le plein de montagne, avec les jeunes du club de ski au cours de 4 stages, avec les randonneurs de passage au refuge Agnel, avec les coureurs à pied du refuge ou le jeune bocho, avec Grand'Anne aussi un peu mais surtout à la piscine de Saou!

La variété de l'été, voilà ce qui me fait vibrer. Montagne tranquille au refuge, courses à pied dans les forêts du Vercors, de la Drôme, des Vosges, haute montagne dans le Queyras et le Viso, piscine et chaleur avec un p'tit pastaga, champagne pour le mariage de Pauline et Nico, neige le 15 juillet, canicule en août drômois, pour finir par un grand vent du Nord au pic de Bure avec Bocho, et un joli lever de soleil ce 22 septembre pour attaquer l'Automne!

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19 mai 2016

La montagne sans soucis

Arrivée au refuge vers 20h, c'est le 17 mai, il fait encore bien jour, le soleil éclaire encore les glaciers de Vanoise qui rosissent tranquillement. Enfin nous y voilà, après une rude montée en forêt puis dans les alpages et enfin à ski. D'autres randonneurs skieurs sont évidemment déjà là et finissent même de manger. Un à un nous arrivons dans la salle à manger, dégoulinants de sueur après une bonne grimpée de 1000m et le refuge de plus est sacrément chaud, bien que non gardé en cette intersaison!

Quelle ne fut pas la stupefaction des types en nous voyant déballer une, puis deux, trois, quatres, cinq et six bouteilles de bières pour un apéro bien mérité! Quand Richard a sorti une tartiflette déjà cuisinée la veille d'au moins 3 kilos ils sont devenus blancs, et quand Manu a ajouté un bon Bordeaux 2011, ils sont passés au violet, mi admiratifs mi anxieux : "Mais qui sont ces charlots qui vont nous faire le cirque avec leur grande bouffe de vallée?"

- Eh ouais, il faut se faire plaisir en montagne, c'est pas parce qu'on met tout sur notre dos qu'il faut lésiner! a dit Manu.

Et devant leur incréduilté moqueuse, je sortis l'argument choc : "Si on échoue ce qu'on veut faire demain, au moins on aura fait une belle montée bien sportive et une bonne bouffe!"

Comme les types (ils étaient 5 répartis en 3 groupes) avaient des yeux qui brillaient, ils ont bien eu droit à quelques lampées de rouge et les discussions vagabondaient autour des "courses" du lendemain. Richard faisait toujours dévier la conversation mais ça marchait encore pas trop. Il fallait qu'on s'explique, notre provenance, ce qu'on faisait là, nos motivations, notre expérience, notre manière d'aborder la montagne... Au moment ou notre tour de parler était venu, je leur montrai la montagne par la fenêtre de la salle d'à côté et dit "On aimerait bien aller là haut, par la gauche du glacier". Les deux "guidosss" nous 'répondent tac au tac "Ah bah c'est les Grands Couloirs de la Grande Casse, pas très compliqué, 43° maxi!" 

- Ah, d'accord... Nous on n'a pas de carte, on peut pas savoir le nom précis, mais c'est là" que j'ai dit en montrant encore du doigt la montagne, "y'a des tonnes de traces, je les ai vues en montant".

Là, les types n'ont rien dit mais n'en pensaient pas moins : "Y'a vraiment que des malades pour prendre autant à boire et à manger, et puis pleins de trucs inutiles (réchaud, casserole, duvet que je prends toujours au cas où) et ne pas connaître les noms des voies et ne même pas avoir de carte???"

Et ouais mais on est entraînés comme des brutasses nous! 10 kg de plus, ça nous fait pas peur, hein? Et puis on ne va quand même pas mettre toutes les chances de notre côté pour atteindre un sommet par une voie compliquée! L'important, c'est déjà d'être en montagne, isolé, prendre la mesure des choses ici, ralentir un peu et se laisser imprégner par l'ambiance de la montagne dès qu'on est loin des habitations. Sommet ou pas sommet, couloir ou pas couloir. On va pas se lancer dans les Grandes Jorasses là, on est bien pépère à porter de tonnes sur une bavante, pas besoin de réfléchir, on prend les glaciers à gauche, terminé! Pas besoin d'être au Mont Blanc et de se mettre une voie difficile pour redescendre avec le sourire! Moi, rien que de voir vos têtes au refuge, j'ai déjà réussi ma sortie!

A notre décharge, je connaissais un peu les lieux, j'étais venu il y a 10 ans voire ma soeur qui travaillait à ce même refuge, ça compte non? On est même allé voir la météo à l'office du tourisme. La dame nous a donné une météo vraiment pas terrible pour le lendemain (voir photos représentatives du sale temps sur les photos ci après), et nous a dit que c'était Edith Piaf qui chantait "Johnny johnny tu n'es pas un ange". Devant ces infos, on s'est dit que y'avait pas de danger à monter au refuge, qu'on verrait bien la météo le matin au petit jour et qu'Etith Piaf faisait des chouettes chansons. Tellement bien préparé, notre sortie que j'avais même regardé la carte dans un magasin le matin même, c'était du vachement sérieux, du lourd, du hyper calibré, du béton armé! Je l'avais pas achetté parce que 12€ pour prendre un glacier par la gauche, j'avais trouvé ça un peu fort.

La montée avait été un peu dure au début parce que les bières, les skis, et les chaussures sur le dos, ça pèse fort, surtout quand on part de tout en bas car quand on n'a pas de carte, on ne sait pas bien que y'a une petite route qui monte jusqu'à 1800. 

Les deux jeunes semblaient vachement contents qu'on soit venus au refuge. "Pour une fois que y'a des mecs qui s'en tapent un peu de ce qu'ils sont venus foutre ici et qui ne regardent pas ce qu'ils mettent au fond du sac!" "C'est ça la montagne, on fait les sacs et on va là jusqu'où ils peuvent nous emmener, et tant pis si on s'arrête avant le haut ou si on change de montagne en cours de route!" "Ah bah ouais, tiens! Et à la vôtre!"

Richard orientait la discussion sur des tonnes d'autres trucs que la montagne, et si ça pouvait aller sous la ceinture, il partait en grands éclats de rire. Il en a profité pour ajouter que dans les stations du coin, au mois de Mai, y'avait quand même que des zombies qui traînent au milieu du béton et que ça devait pas être la bringue tous les jours et sûrement pas au pieu! Les 2 guidosss bronzés étaient justement de Tignes mais nous on le savait pas encore. Alors quand ils ont balancé que Tignes est une station qui s'améliore et qui devient de plus en plus jolie, attrayante, on s'est tut quand même 2 secondes pour montrer notre incrédulité à ces amoureux de la montagne sauvage. Les guidoss n'ont pas tardé à aller se couché, ils se levaient pas si tard et nous on a bu nos bouteilles avec les deux jeunes aui restaient.

Bref, on a passé du bon temps à se dire que la montagne était belle, qu'on allait pas crever le lendemain pour une carte et des crampons oubliés et pour des regards désapprobateurs de guidosss. Les jeunots se levaient à 4h pour faire un couloir "hardosss", les 2 guidoss 5h pour un couloir plus petit et nous 6h-grasse mat' pour nos "Grands Couloirs" voie normale, easy sans crampons.

 

 

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22 mars 2016

Les sommets

L'échappatoire

Ici on ne pense à rien, qu'à sa progression dans cet univers où l'erreur n'est pas permise. On se déshabille de tout le reste, ne reste que l'essentiel, soi et la montagne, représentante majestueuse de la Terre. Egoïste? Peut-être. Mais ici les sensations et les sentiments ne s'encombrent pas d'argent, d'hypocrisie ou d'honneur... Et on n'est pas seul non plus, les coéquipiers sont là pour assurer au bout de la corde, et pour motiver lorsque l'envie affichée la veille s'éteint ces petits matins aux réveils difficiles...

Alors merci la Terre. Merci de nous offrir de tels moments. Merci de nous offrir tes paysages magnifiques, merci pour les plantes et tout ce qui nous nourrit et qu'on te rend si mal. Merci de nous laisser redescendre à chaque fois. Pour cela je continuerai à t'admirer et te respecter. Tu m'aides à être lucide et vigilant sur mon pas. La force des monts et des vallées est immense et m'aidera j'espère en toutes circonstances. Alors buvons un coup de ton vin lorsque ton vent nous en laisse le temps!

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03 décembre 2015

Quelques nouvelles de la montagne

La montagne, comme ambassadrice de la Terre entière. La montagne est au-delà du bien et du mal. Elle est là, et elle attend. Elle sait. Elle sait ce que les hommes font par ci et par là. L'important, c'est qu'un jour, on la fera plus chier la montagne, parce qu'elle en a vu d'autre et qu'elle en verra d'autre. Elle est vieille la montagne, et c'est elle qui sait. Nous, on n'est rien. On passe par là c'est tout. Et même en éétant rien, on se tape dessus. La montagne elle tape pas, elle. Elle lâche des pierres mais c'est comme ça, c'est jamais méchant, c'est même pas de sa faute en plus.

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21 mai 2015

Courir

Il suivait assidument ce précepte dans la vie quotidienne devenue malgré lui plus confortable le temps passant. Essayer de toujours lutter contre le confort des journées tranquilles, abritées des affres de la vie sauvage, abrité du dehors menaçant. Et comme une beau diable, emporter son sac et filer, bondir, sur un coup de tête. Le pas de la porte franchi, un nouveau monde s’ouvre. Le monde de tous les possibles, de toutes les rencontres. La vie quoi ! Le bordel ! Ce coup-là, notre Popeye allait bivouaquer au pied d’un pic pour tenter le coup le lendemain par une voie non référencée. Il se rappellait que quelques années auparavant, on lui avait déjà parlé de cette voie, de ce chemin sur la crête ; « ça passe ». Vu d’en bas, on ne voyait pas tout mais l’arête était vertigineuse et pas mal d’éperons rocheux se découpaient. « Bah on verra bien, on est des dingues, on y va » raisonnait l’énergumène en lui-même. « Si t’y vas pas, tu sais pas » disait un certain l’Henri, vieux pote d’enfance. « Partir à l’aventure, hors des sentiers battus, y’a que ça qui vaille, ça devrait être obligatoire même ». qu’il disait.

Popeye avait repéré à l’avance un coin pour pioncer, on voyait des prés qui parsemaient la forêt là-haut. Mais avec le barda sur le dos, il fallait grimper au pas de course pour espérer arriver au soleil couchant. Grosses gouttes de sueur jusqu’à la crête herbeuse de laquelle il pût voir frère soleil tout juste s’en aller. Le temps de faire un feu pour éloigner les bêtes – il craignait toujours un peu seul en montagne, et de manger le carburant du lendemain, et notre aventurier s’allongeait dans l’herbe, sous la voûte céleste. Les grandes pentes de pierre surmontées de leurs tours de calcaire se dressaient au-dessus de lui. Une chouette hululait et semblait lui dire : « Que les étoiles et la roche favorisent tes desseins, petit homme inconnu de ces lieux, ici n’est pas encore ton monde ! ».

Une nuit, Judith nous avait raconté les étoiles, les constellations, la mythologie et les anecdotes qui vont avec. Au Pré Petit jean dans les Vosges. Et on avait fini par s’endormir, au milieu des astres et des jonquilles du mois d’avril. On entendait alors les chevreuils dans le lointain, comme la chouette de Popeye plus tard.  « J’avais oublié ses histoires ! » se dit-il mais des noms trottaient dans sa tête , mystiques, étrangers : Altaïr, Vega, Aldébaran, Sirius… Il s’endormit parmi ces personnages, grands rois fantastiques du passé, chevaliers de la justice, bandits d’autres galaxies… Seul le feu le ramenait de temps en temps à la réalité. Dès l’aube, il se mit en branle. Il avait quand même la cafetière et les confitures, faut pas déconner ! Et fallait bien ça pour se réveiller décemment, face au paysage qui s’illuminait doucement sur le sud, la Provence. Son petit sac de course prêt, il attaqua bon pas les grandes pentes qui lui faisaient maintenant face, desquelles s’élevaient les murailles faîtières, une forteresse de mille mètre de haut au total. Mais ça grimpait vite et bien, il savait faire le bougre. Sans barda et avec une nuit dans les muscles, la vitesse de montée par rapport à la veille en était presque grisante. Il était un chien sans laisse, un bagnard évadé. Il se retrouva vite fait bien fait sur la crête, sous le premier ressaut rocheux, qui en devenait beaucoup moins impressionnant que depuis le bas. Il buvait régulièrement quelques lampées. Boire dans les ruisseaux lui avait trop souvent joué de sales tours, soit digestifs, soit musculaires sur terrains trop secs. Il a appris la leçon et boit assez souvent, histories d’éloigner tendinites qui l’ont souvent agacé. Parce qu’il ne faut pas déconner non plus, un litre suffit amplement, le ruisseau remplira la gourde vide.

Il contourna le deuxième ressaut, qui était en fait une véritable citadelle en pointe, évita les névés glacés, perchés en haut des pentes. Les mouflons semblent plus à l’aise sur ce terrain de pierriers et de murailles dolomitiques. Pour finir, la crête fût enfin atteinte et le mena en courant par les névés jusqu’au sommet des plus désertiques. Toute la fatigue retomba alors devant le panorama qui l’assaillit de toutes parts, éternel. Le souffle court, c’est comme si tous les sommets, toutes les vallées, provençales comme celles du nord, comme si tous les hauts pics des écrins se penchaient sur son regard béat et le saluaient. Lui, sur son pic, aussi petit qu’il fût devant cette immensité solitaire. C’était comme si toute la nature, la vie, toute la terre visible lui parlait en même temps, dans une cacophonie envoûtante, lui secouaient les membres et lui disaient : « Regarde ! » « Ecoute-moi ! », « Nous sommes beaux, non ? ». Le caillou de calcaire à ses pieds : « La mer m’a engendré il y a des millions d’années de ça, et la terre m’a soulevé jusqu’à toi. » Le coucou dans la forêt, mille mètres en dessous : « Coucou l’Homme ! Tu m’entends ? L’air est doux ici, et toi ? ». Et la forêt provençale au loin : « Salut montagnard, viens me voir de plus près ! » Et le rocher de granit des écrins : « Je suis la Terre, compagnon. Je suis le froid des sommets, incline-toi devant toute cette beauté qui s’offre à toi, que tu perçois et que tu ressens autour de toi, mais aussi en toi ». Tous ces petits riens se connectaient soudainement à lui, comme s’ils lui envoyaient une multitude de messages bienveillants et que les récepteurs de sa peau, de ses yeux et de ses oreilles recevaient. Sa tête, trop occupée à récupérer de l’effort de résistance mentale réalisé dans les derniers hectomètres de montée, était tout simplement en veille, béate, et laissait faire le corps. Ce corps qui capte la multitude des messages sauvages. Et qui doit certainement en envoyer à tous les autres corps réceptifs de ce monde. Puis la conscience s’est retrouvée et une autre forme d’admiration a pris le dessus, plus cartésienne, plus carrée, s’appuyant sur le savoir et la mémoire. D’un coup, la géographie de la région se mît en place, les souvenirs de sorties précédentes ici et là. Le formidable tumulte d’émotions était terminé, l’analyse était alors assez habituelles, certes agréable, mais rien à voir avec ce qu’il venait de découvrir. Il devait réessayer de capter ces connexions, ces énergies naturelles. Il le fera encore par l’effort intense, puis par la méditation… L’humain doit retrouver cette faculté. Elle lui permettra de ne pas agir uniquement avec sa conscience carrée, mais en sentant les forces naturelles, ces forces qui le guideront vers des actions respectueuses de l’ordre naturel que sa conscience permet. Ce cerveau, trop beau cadeau de l’évolution, doit laisser la place aux sensations pour ne pas diriger toute la panoplie de la vie vers l’abîme de la puissance, vers les gouffres du profit matériel. Il avait entrouvert une porte. Une porte qui ne devait plus se refermer tellement la force qu’elle laissait voir était belle. Et il n’était pas au bout de ses surprises.

Alors, après avoir gravi une arête inconnue, découvert la beauté minérale du site, immense, après avoir atteint le sommet encore enneigé qui dominait de loin les alentours. Il dominait notamment son large plateau, 200 mètres en dessous, son marchepied, son tapis rouge personnel. Après avoir ressenti les forces et étudié de fond en comble chaque recoin du paysage, une nouvelle force mît Popeye en mouvement. Le plateau de caillou lui tendait les bras. Il se sentait courir dessus, parcourir le toit de la forteresse. Sans pouvoir s’arrêter, il allait maintenant sur chaque dôme qui parsemait le site. Sa petite foulée d’altitude le portait sans effort à peu près partout, sur les neiges encore durcies du matin qui s’éloignait. Le soleil commençait à taper et il courait, comme un dingue qu’il était, tout seul là-haut. Il courait de long en large, de droite à gauche, admirant du même coup l’horizon et les montagnes environnantes d’une autre manière. La fatigue ne l’atteignait pas, il alla sur cette bute, puis au bifurqua au sommet sud. « Rien ne m’atteint » sentit-il. « Ma course se suffit à elle-même. L’état qui est le mien en courant est purement naturel, c’est l’ordre des choses ». il n’avait que ça à faire, continuer. Courir suffisamment vite pour atteindre rapidement un objectif, courir suffisamment lentement pour pouvoir le faire pendant des heures. « Voilà l’état parfait du corps humain » se dit-il. Encore une fois, il avait la sensation que ses cellules musculaires, ses cellules nerveuses, ses hormones, ses neurones, tout se connectait harmonieusement  avec les doses optimales. Et à mon avis, c’est pas pour rien, et ça ne lui était pas réservé, loin de là ! Il n’était qu’une souris de laboratoire !  Si le geste qu’il reproduit produit sur lui joie, allégresse, extrême compassion devant toute chose qui s’illumine sur son chemin, c’est qu’il est tout simplement fait pour réaliser ce geste, à l’infini. Ces connexions à l’intérieur de lui l’exaltaient et lui donnèrent envie de crier, de hurler sa découverte. Les muscles des jambes, des poumons, du dos, répétant inlassablement leur mouvement de la course, ni trop rapide ni trop puissant, envoient des messages hormonaux au cœur en lui disant : « ça va ? T’as vu comme on bosse bien là, t’as vu comme c’est nickel ? » Et le cœur répond : « Boum boum, trop bon, boum boum, je tripe, boum boum, à fond ». Et tout se beau monde envoie des messages nerveux à la moelle : « On continue hein, on s’arrête surtout pas ! ». Et au cerveau : « Réfléchis pas ducon, c’est trop bon, on y va, on galope, fait gaffe aux pierres ! ». Et hop, sa foulée ne s’arrêtait pas, et prenait même un peu plus d’ardeur. L’apprenti qu’il était face à cette découverte le mît au fur et à mesure en surrégime. Les poumons, les muscles, le cœur dirent au cerveau : « Stop, tu nous a grillé, on ralentit, tu fais chier à t’emballer comme ça, t’aurais mieux fait de te la fermer, et rester dans tes compétences. » Bim, pas volé.

Et après quelques instants au ralenti, il repartait vers la descente, une combe rocailleuse où seule la pierre règne, même le ciel et les nuages ne sont plus admis. Ce monde minéral, un vallon sec et désert, remplis de caillasse blanche m’ouvrait sa descente. Des murailles imposantes à chaque bord lui laissaient un soleil de plomb. Au-dessus, deux rapaces tournoyaient et jouaient avec le vent. Il courait toujours, glissant sur les pierres ou s’appuyant sur les rochers. Plus bas, il découvrit quelques chamois. Il les observa puis continua. A peine plus bas, il tomba sur toute une harde qui fuyait en descendant la combe. Il resta sur son chemin et les suivis en galopant toujours. Le troupeau, d’une cinquantaine de bêtes, bifurqua dans la pente à droite, et il remarqua en arrière une bête affalée dans une névé, immobilisée alors que la harde fuyait toujours. « Merde, se dit-il, y’en a un qui s’est blessé, qui s’est cassé un truc dans les rochers ! » ? il commença à s’en vouloir d’être descendu aussi vite. « Que dois-je faire ? Filer ? Aller voir ce qu’il a ? » Dans le doute, il prit sa direction pour en avoir le cœur net. Et finalement, le chamois se leva et rejoignit ses congénères. Rien de cassé, il devait juste avoir eu trop chaud et se rafraichissait dans la neige. « C’est vrai que peu de bêtes suent » se dit-il. Et leur pelage doit les assommer de chaleur à cette époque, surtout quand un marteau d’humain dévale la pente dans un pierrier. « Et c’est là que je me suis dit que j’aurais sûrement pu les suivre encore longtemps jusqu’à ce qu’ils n’en puissent plus et que je pouvais en choper un, lui asséner un coup fatal puis ramener de beaux morceaux de viandes à la grotte de ma tribu ! » J’avais déjà entendu parler de la chasse à l’épuisement mais elle prenait là toute sa forme. Aurait-il dû essayer, aurait-il pu ? il était dans l’état d’esprit en tout cas. En à peine un quart d’heure, un chamois fatigué par l’hiver était déjà en surchauffe devant un humain qui avait plus d’une demi-journée de course derrière lui. Avant son retour dans la civilisation, tout se rejoignit soudain dans sa tête. Les connexions des cellules avec l’environnement, le coucou forestier tout en bas, les muscles et les poumons qui dosent savamment leurs efforts, l’oxygène, la perfection de l’endurance, et pour finir cette harde de chamois et sa bête épuisée. Tout se tenait. L’homme devait parfois mettre son cerveau en veilleuse, il devait cesser ses tribulations destructrices et s’en remettre à des gestes simples, procurateur de plaisir (voir de viande) et courir ; l’endurance, la persévérance, la joie illimitée, nue, essentielle.

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Trève poétique

Avec un pinceau je peindrais

le souffle du vent

le mouvement des blés

le murmure des forêts

 

Avec une goutte de couleur je dessinerais

les rires des enfants

la hardiesse d'une resistance

le battement des coeurs un jour de fête

 

Sur une toile blanche tomberaient

les larmes d'un temps révolu

les pensées sylvestres d'un ermite

le souvenir ardent d'un baiser

 

Et sous un arc-en ciel, je dessinerai un monde neuf,

lavé dans une eau d'azur

le souffle nouveau des consciences

dépourvues du superflu

 

Frêre Isidore Dalla Nora

 

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27 novembre 2014

Bois et forêts

 L'autre jour, je suis allé me baladé en forêt. Y'avait des pins, des sapins, des mélèzes, des hêtres, et beaucoup de charme à s'y reposer et s'y établir quelques temps.

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Conifères trolls de norvège - 2010

 

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Petit sapin de Pralognan admirant les glaciers de Vanoise

 

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Traces du Jura

 

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Hêtres printaniers du Trièves

 

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Les sapins de l'Est (Bruyères, Vosges)

 

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Un pin de Chamrousse

 

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Forêt de Belledonne

 

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Vallée de la  Romanche- 2008

 

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Gresse en Vercors

 

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Où est Biloute? - A Bruyères

 

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Ariège - 2012

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Parmelan - 2010

 

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Col du Glandon - 2010

 

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Hêtre vosgien entre Bruyères et Saint Dié

 

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Mékèzes de Chabanon - 2013

 

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Les pins sylvestres des Rouges Eaux - 2014

 

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Les Rouges Eaux - 2014

 

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Sur les crêtes d'Ancelle - 2014

 

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La Molière - 2009

 

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A Xonrupt Longemer - 2014

 

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Toujours Xonrupt, non loin du sapin président

 

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Le bien connu lac de Lispach - 2014

 

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 Au dessus de Longemer - 2014

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Au dessus de Longermer, sapins et épicéas

 

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 Les mélèzes de Valestrèche - 2014

 

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Champoléon, Hautes alpes

 

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 Sale temps au dessus de Rabou (Hautes alpes, 2014)

 

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Rabou, Hautes Alpes, le mélèze tout seul

 

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 En zone de combat

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Les hêtres n'attendent plus que la neige

 

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 Changement de climat?

 

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La forêt de Rabou en ubac

 

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L'arbre serpent

 

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 Les palmiers se baignent en Italie - 2009

 

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Et au final, on s'en mezt une bonne tranche !

Très grande

 

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21 novembre 2014

L'hiver arrive!

Des trombes d'eau dans les vallées! Des jours durant! Terrés dans nos maisons, on attend impatiemment que les nuages dégagent. On part en forêt s'aérer tout de même, dans les nappes de brouillard et sous les gouttes. Une douceur est palpable au fond de l'air, un air doux et prometteur. Le vent et la pluie fouettent le visage, l'humidité encrasse les poumons mais on sent que pas bien loin, la nouvelle est arrivée. L'air frais a porté un message important à la nature de montagne. Insectes et plantes verts, il est temps de se ranger et ne plus faire de bruit, il paraît qu'un peu plus haut, la neige est tombée. Pour nous, humains avides de glisse et de sensations, dès que le ciel dégagé laisse apparaître des sommets intensémments blancs au dessus des mélèzes roux. Dès les premières neiges arrivée, les virages sentent bon la poudre d'escampette. On grimpe à pince sur les flancs colorés de mélèzes, puis c'est le grand blanc! Impressionnant. Déjà pluisieurs mètres de neige au dessus de 2500m! Alors qu'à peine 2 semaines plus tôt, tout était jaune orangé, tous cailloux dehors. Désormais, c'est l'hiver, le lièvre blanc et le lagopède seront laissés à peu près tranquilles, tant que les furieux du ski de rando ne viendront pas les déranger.

 

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02 septembre 2014

Ciao Twingo

Ma petite histoire a commencé dans les années 1990, les grandes années du retour du pétrole et du développement des réseaux de télécommunication électroniques. Mais moi, j’ai vécu simplement dans la campagne vosgienne, entre Bruyères, Gérardmer, Epinal ou Saint-Dié pour ceux qui connaissent. Mais je n’allais rarement bien plus loin, car je suis ce qu’on appelle une « petite voiture ». J’aidais une famille à se déplacer et à faire des trucs d’humains : aller au boulot, à la maison, au supermarché, à l’école. Mon aide et ma relative rapidité leur permettait de traverser la ville plus vite, d’acheter plus de courses ou d’aller se promener plus loin. Je traversais Bruyères tous les jours pour emmener la professeur au collège. Pendant quatre ans et quand il ne faisait pas le trajet à pied, j’ai aussi emmené le fils avant qu’il n’aille au lycée. C’est surtout grâce à moi qu’ils pouvaient tous aller dans les Hautes Vosges les jours de congés, marcher dans la forêt, les chaumes, la hêtraie d’altitude et chasser le chamois des yeux. En fait, je crois qu’ils allaient retrouver la part de nature que leur agenda de la vie moderne leur limitait trop souvent. C’était une vie simple, routinière et agréable, ces gens n’étaient pas très exigeants et moi, je faisais ma vie dans le coin à barouder tout autour et visiter de belles petites routes, bordées de grands prés ou d’immenses forêts. On allait souvent sur les crêtes, on me garait dans un parking posé dans la verdure et j’attendais en admirant les alentours. Des fois, tout était blanc et froid. Ils partaient faire je ne sais pas trop quoi, rien de bien utile il me semble mais plutôt ce que j’appelle du ressourcement personnel. Ils s’usaient à la tache toute la semaine, des tâches souvent très spécialisées auxquelles  je ne comprenais pas grand-chose. Des tâches fatigantes, car également assez éloignées de l’esprit instinctif de l’homme.  Alors moi, je les emmenais se relier au Monde, au vrai Monde, celui de la Terre encore intacte. Je les emmenais profiter des endroits préservés, ils retrouvaient un contact instinctif que l’Histoire, le Progrès, a confisqué. Ces sorties leur redonnaient un semblant d’émotions naturelles. Ça permettait de les  éloigner du monde dans lequel ils baignaient durant la semaine, ce même monde qui m’a créé, moi, la « petite voiture », le monde qui est celui des bâtisseurs de l’infini. Je ne suis qu’une voiture, une petite automobile sans prétention, mais j’ai gagné une âme en les fréquentant. Ils m’ont transmis une part de Vie qui me permet de vous dire tout ça. Une part de Vie du Monde réel qui au final m’a donné un petit esprit critique sur eux-mêmes mais surtout sur moi. Eh oui, au final, je fais partie des hommes, je suis un produit des hommes. Je suis comme leur troisième jambe, celle qui va seulement 10 fois plus vite que les deux autres mais qui consomme mille fois plus. Je suis ce monde créé par eux, dangereux, artificiel et dirigé par l’argent et le profit. La famille a évolué et j’ai appris au gamin à conduire. Ce petit fou, trop heureux de voir tomber la neige m’a envoyé dans un talus, un jour de Novembre. Après plusieurs virages glissés sensationnels, lui et son copain m’ont jeté au ruisseau ! Ils ont dû chercher le paysan d’à côté et son tracteur ! Mais ma bonne étoile était là, jamais d’accident à problèmes, jamais de blessures, rien à signaler pour ma santé, ni pour celle du gamin et de son copain. Avec lui, j’en ai vu pas mal d’autres, mais il me les a bien rendus. J’ai vécu comme une seconde jeunesse, voire une jeunesse tout court, à barouder dans toutes les Alpes, pour aller en Maurienne  travailler, ou en Tarantaise chez un fameux Robert. Encore une fois, c’était pour s’aérer, hors des murs de la ville, hors des bureaux, loin des circuits électroniques du monde des humains et du mien, ce que j’appelle le sous-monde. Là bas, chez Robert, c’était « travail à l’ancienne », on abattait des arbres, on faisait des constructions, un bon feu, on y mangeait des bonnes soupes et buvaient bonnes quantités de vin. La journée était rude mais la fatigue semblait plus saine. « On n’est pas crevés pour rien » disait le Robert en regardant ce qu’on avait fait, et en se grattant le ventre devant la soupe et le jaja. J’allais aussi en Ardèche et en Bretagne voir de sacrés loustics. Des mecs me sont montés dessus une fois pour chanter du Piaf à tue-tête que même je chante mieux. Mais on était au milieu d’un champ, avec plein de monde autour qui faisaient des feux et qui prenaient l’apéro. C’était sensationnel cette vie que pouvaient dégager les humains soudainement lorsqu’ils se retrouvaient par milliers pour fêter je ne sais quelles retrouvailles. J’ai finis par comprendre qu’ils allaient oublier leur triste sort produit par le sous-monde, dans les cris, les bières, la musique et la poussière, cette débauche sociale et émotionnelle ! Les humains condensent toutes leurs émotions et l’expression de leurs sens dans ces activités éphémères que le sous-monde leur prive de plus en plus. Alors ça produit ce genre d’explosions extrêmes, débauches de sensations joyeuses et festives, sensuelles et profondément sauvage. Ils retrouvaient un condensé du Monde social. De loin, je trouvais ça presque chamanique, c’était comme une sorte de communion collective pour le Sacré, pour la Vie, pour tout ce que les humains ne contrôlent pas. Leurs émotions et sensations débordaient, ils n’y comprenaient rien mais se resservaient et communiaient ensemble dans la musique déchaînée. Entre deux bringues, le gamin et ses copains allaient prendre du repos au contact de la forêt, des rivières douces et des rochers, des mousses et des lichens, des vagues et du sable fin, ils allaient se ressourcer de l’énergie vitale du Monde. Ils continuaient à rire et à plonger dans la joie et la fraternité. Cette époque flamboyante m’a permis d’abriter le sommeil du gamin et de sa chérie pour quelques nuits. Qui l’eut cru ! Moi, une twingo ! J’ai affronté les éléments pour eux, abrités d’un orage italien de feu ! JE ne suis pas qu’une masse de tôle qui pille le sous-sol de la Terre pour le redonner à l’atmosphère (le parfait inverse de ce que la nature a mis 500 millions d’années à construire). J’ai bien vécu, j’ai aidé, j’ai acquis une sorte de conscience entre les forêts vosgiennes de mes débuts, puis le parcours des Alpes. J’ai même passé une année dans les vignes des Corbières avec la femme du fils qui avait besoin de mes services pendant que lui se débrouillait avec ses vélos ou je ne sais quoi, comme d’habitude. Pas mal de garagistes m’ont rafistolé, faut dire qu’il m’est arrivé pas mal de bricoles ! Que ce soit une roue tordue un soir de neige, un séjour dans un fossé trempé ou mon pot d’échappement qui se fait la malle sur l’autoroute, j’en ai vu des belles ! Mais on s’adapte, j’ai une bonne étoile, jamais rien de bien méchant. Jusqu’à ce jour. Le gamin et sa chérie m’avaient refait un look du tonnerre style globe trotteuse aux belles parures. La grande classe, tout le monde me reconnaissait. Et puis fallait voir la gueule de tous les flambeurs qui roulaient dans des machines sans âmes, grosses bagnoles qui servent surtout à faire travailler encore plus ces pauvres bougres embourbés dans le sous-monde. Ces machines du diable servent surtout à satisfaire et développer leur égo et à laisser en désuétude toutes les fonctions du corps humain. Cet égo se développe avec la matière, avec l’argent, avec le pétrole. Et plus ce sous-monde prends de l’espace sur Terre et chez les humains, plus il produit des individus déconnectés et centrés sur eux-mêmes. Le sous-monde, à l’aide du pétrole et de l’énergie facile a augmenté la sécurité et le confort des hommes, produisant par ailleurs de la richesse. Aujourd’hui, le sous-monde ne jure que par cette croissance du confort et de la sécurité, souvent bien inutile. Enfin, ça, c’est ce qu’il leur fait croire, parce que seule la richesse compte pour ce sous-monde créé par des humains qui se sont crus Créateurs. Au passage, ce confort et cette sécurité a banni en eux l’esprit aventurier qui leur était propre. La peur souvent les ronge, la peur de perdre ces choses inutiles qui ne font que les priver d’émotions et de satisfactions plus fortes. Aujourd’hui, bien peu ont le courage de Vivre, vivre pour eux, pour les autres, pour tout. Et au lieu d’améliorer le sort de la Vie et pour des milliers de siècles, le système assiste de pauvres individus et leur fait miroiter quelques chimères pour quelques années seulement. C’était ce à quoi j’étais destinée : transporter des humains à grande vitesse pour une vingtaine d’années. Il n’est donc pas étonnant que l’individualisme galope à travers les pays. Mais moi, je montrais, du moins j’essayais, que la petite voiture du peuple, je pouvais avoir la classe à ma manière, avec mes décorations et mes idéaux. Merci pour ça ! Mais j’aurais tellement voulu être de l’autre côté de la barrière, du côté du monde vivant, ou du monde sobre comme les vélos. J’aurais bien voulu ne pas être cet engin pollueur, privateur d’effort, qui tue paradoxalement plus que toute catastrophe naturelle. Je fais partie de celles qui tuent, qui abîment, qui donnent de l’asthme. Je fais perdre plus de temps que j’en fais gagner. Les humains doivent trimer des mois pour se payer mes services, et tout ce qu’ils gagnent, ce sont des bouchons, des feux rouges, de l’asphyxie, de la recherche de places de parking. J’empêche les hommes de se déplacer et de se dépenser sainement, je prive leur peau de la caresse du vent, je les prive du contact avec les éléments, ce que le confort leur a peu à peu supprimé au petit bénéfice d’économie d’efforts. Ce contact qu’au final, ils finissent par acheter en vacances, à la mer ou à la montagne. Avec ma conscience, j’ai pu aider le gamin à faire attention à tout ça, je l’incitais à faire des efforts, à ne jamais rechigner à la tâche, à foncer, la tête dans l’aventure, mais toujours pour une bonne cause.  J’ai mis en garde tout ceux que je fréquentait du développement effréné du sous-monde qui ne sait plus où il va, j’ai agis comme j’ai pu, avant de périr dans un haut col alpin. Mon existence aura au moins servi à ça, dans le bon sens, dans l’ordre défini par le Monde bien avant l’émergence du sous-monde. Je ne regrette rien, j’ai vécu tout ce que j’avais à vivre : la quiétude familiale dans les Vosges, la folie sociale, et la découverte et l’acceptation de mon sort. Mon temps était fait, j’aurais pu encore beaucoup de folie, mais je quitte la route heureuse. J’ai vécu ma  vie comme un éternel recommencement, j’en suis fière malgré tout, j’ai transporté de bonnes gens, des débuts à la fin. Ne soyez pas tristes, une nouvelle histoire commence pour moi, une nouvelle exploration qui s’offre à moi. Alors n’ayez plus peur, soyez plutôt familier avec ce sentiment et dépassez le, vous accomplirez de plus grandes choses qu’en me conduisant. Osez la Vie ! Osez vivre comme j’ai essayé de le faire, soyez fou et aventuriers. Devenez des chevaliers de la résistance !

 

 

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03 octobre 2013

L'industrie productiviste

Il semblerait que deux visions de  l'industrie s'opposent :

- une vision de l'industrie comme un horrible moyen  d'engraisser encore plus les puissants de ce monde prétextant apporter  un certain confort à l'individu humain

- une vision de l'industrie comme un moyen à haut rendement d'améliorer la vie humaine (le savoir, le confort, la culture...)


On trouve évidemment moult exemples dans les deux visions. Ces visions  dépendent beaucoup de la définition d'amélioration de la vie humaine et  de confort, et cette définition diffère chez tous les individus. Nous  voilà bien avancés. Pour s'éclairer, il convient d'appliquer sa propre  vision d'amélioration de la vie et de confort individuel à toute  l'espèce humaine aujourd'hui. Si on y arrive et que ça semble  fonctionner dans le respect de 99% des autres espèces animales, il  semble nécessaire de parvenir à l'application de ce système en moins de  trente ans. Ce serait une très belle avancée pour l'humanité mais  j'émets de forts doutes là dessus.

A propos de l'industrie, voici donc une vision des choses :

L’industrie n’est rien d’autre que la mise en commun de nombreux savoirs pour la distribution du produit de ce savoir au commun, à tous.

L’industrie implique donc un « commun », et plus ce « commun » sera grand, plus la production pourra se spécialiser, et donc le produit s’améliorer et le rendement n’en sera que meilleur  Chacun participe donc à l’industrie au sens large dans sa spécialité (la conception de digue en milieu torrentiel,  le suivi des travaux de construction des télésièges, l’accrochage de plaques métalliques servant à protéger des transformateurs électriques…). Chacun, grâce à sa participation se voit offrir le prix de sa liberté, celle de consommer les produits de l’industrie nécessaires à sa vie et à son travail (industrie agro-alimentaires, industrie textile, industrie pharmaceutique,  industrie automobile, industrie électronique…).

Appliquons donc le principe industriel sur le modèle de l’industrie occidentale à la planète entière. On aurait alors un Etat mondial d’une dizaine de milliards de personnes, chacune participant à sa spécialité et se voyant offrir en échange de quoi recommencer le lendemain (bouffe, transport, costume, distraction…) Jusque là tout va bien, tout fonctionne, c’est merveilleux.

 

Mais on se heurte évidemment aux problèmes suivants :

1 – L’industrie nie l’individu, en tout cas l’individu n’est pas (n’est plus) son but. En offrant des produits industriels en échange de son travail de spécialiste, on réduit son individualité à ne s’exprimer qu’en dehors du travail d’ultra-spécialiste. Et est-ce être individualiste que de dire que l’individu n’est pas une spécialité industrielle mais une généralité avec quelques spécialités ? On réfléchira alors à une taille industrielle qui permet de fournir suffisamment de bien être (livre, sauces tomates, bicyclettes, chemises…) tout en gardant, et c’est important, un individu suffisamment généraliste.

2 – L’application de ce modèle tel qu’elle est faite aujourd’hui produit de telles inégalités entre les êtres humains (inégalités sociales patron/ouvrier, inégalités spatiales suédois/congolais) que le service que l’industrie est censée rendre le rend toujours au même. Par exemple, l’industrie du jacuzzi rend un service (besoin non-naturel non–nécessaire soit dit en passant) à certaines personnes uniquement.

3 – L’industrie, si elle a apporté un progrès indéniable dans certains domaines, nourrit surtout l’industrie elle-même. L’industrie de l’automobile existe car la répartition spatiale des industries ne permet pas le déplacement à pied. L’industrie téléphonique puis l’industrie informatique a permis l’accélération de toutes les industries. Il est entendu ici que ces industries ne produisent aucun bienfait sur l’individu lui-même. Heureusement, on a quand même des industries pas trop mal : le dentifrice, le savon, le papier qui n’apportent rien à l’industrie mais beaucoup à l’individu. On a aussi des industries qui font les deux : l’industrie électrique accélère et améliore toutes les autres industries et permet à l’individu de vivre la nuit et d’occuper plus de temps à ses loisirs qu’aux tâches qui lui permettent simplement de travailler. …On pourra tout de même réfléchir à ce que l’électricité (et l’ordinateur, la télévision, et ces gadgets électriques) ont apporté au sommeil humain…

4 – L’industrie, toujours au sens de la grande mise en commun des savoirs et des compétences spécialisées, a un coût énergétique très fort et un impact non-négligeable sur la planète. Inutile de décrire l'impact de l’industrie de la production électrique aujourd'hui sur l'atmosphère, les sols, les paysages...

5 – Nous sommes presque dix milliards d’humains sur la Terre, et l’industrie astronomique n’a pas encore trouvé d’autres endroits où faire proliférer nos industries. La moindre des choses de la part de la réflexion industrielle serait de mettre en commun les industries et d’appliquer à toute la planète son mode de vie de spécialiste qui permet tant de confort et de liberté. Toute réflexion sur le mode de vie doit être analysée en prenant en compte les presque dix milliards d’humains. Il apparaît alors, pour ne pas parler de décroissance et de Grande Crise Mondiale, qu’il faut que la sainte science humaine se dépêche de trouver comment produire de l’énergie à gogo sans le moindre impact avant que tout le truc n’explose.

 

Avant que ne se développe trop l’industrie écologique (éolienne, photovoltaïque et tout le bazar) qui ne ferait que grossir encore ce joyeux bouzin, l’humain pourrait réfléchir sur ce principe même de spécialisation des savoirs censés améliorer le confort et le rendement de la vie de « l’humanité ».  N’est ce pas priver l’individu de liberté que de le spécialiser à outrance en le privant par là même de milliers d’autres savoirs et compétences ? N’est ce pas priver l’humain de sa santé en lui donnant un médicament qui réduit l’effet indésirable d’un autre médicament, ou d’une autre industrie (celle de l’automobile par exemple)?

 

Cette fuite en avant de l’industrie met justement  en avant la nécessité de trier le nécessaire du superflu et dans le superflu,  trier l’acceptable de l’inacceptable. On pourrait alors mettre la santé ou l'éducation dans le nécessaire Ce  ne sont pas (encore) à proprement parler des "industries" d'ailleurs, dans notre pays en tout cas. D'ailleurs, rien qu'en supprimant nombres d’industries superflues inacceptables dépendant  de l’électricité et nombres d’industries superflues inacceptables dépendant du pétrole, la santé  s’en trouve déjà améliorée... Pour revenir sur l'exemple initial qui était le lait industriel pour bébé, on est tous d'accord que c'est du  superflu (car le lait se fabrique naturellement dans la moitié des  humains). J'espère aussi qu'on est tous d'accord pour dire que c'est  acceptable (moindre impact sur la santé, moindre mal sur les seins,  moindre dépense d'énergie et de temps individuel, impact faible sur la  planète comparé à toutes ces industries superflues inacceptables que  sont le 4x4 urbain, l'immense maison en parpaing, le téléphone en  uranium, ou la télévision et que nous utilisons tous les jours).

 

En guise de conclusion, ouvrons sur deux points :

Un point (de vue) philosophique

J’ai appris durant ma scolarité que l’humain ne  pouvait pas concevoir l’infini et était coincé entre l’infiniment petit et  l’infiniment grand. Vivre dans un monde dont on ne comprend rien ou pas grand-chose  (à part sa spécialité), si ça peut être une conséquence du progrès de  « l’humanité » n’est sûrement pas un progrès pour l’individu. Personnellement, je suis  en train d’utiliser un ordinateur. A part l’interface avec mes sens qui est faite pour que je m’en sorte, je n’y comprends absolument rien et il me  faudrait un mois de cours intensif pour entrevoir le fonctionnement du machin.  Pareil pour le moteur de 4x4 urbain, pareil pour les procédures administratives,  pareil pour tout. Ce sont des parties infiniment petites d’une humanité  infiniment grande. Difficile également de se projeter dans tous les pays du monde  avec les moyens physiques humains (pieds et jambes), difficile de concevoir dix  milliards d’individus répartis sur une planète qui devient trop petite, alors  qu'on la voyait infiniment grande il y a seulement 300 ans. Ces  difficultés de l’individu ne le mettent pas dans de bonnes conditions pour vivre une vie saine d’esprit dans une société mondiale. L’individu mondialisé qu’est  l’occidental se voit d'ailleurs accablé de maux nouveaux que sont la dépression, le  stress ou le suicide.

 

Un Petit plaidoyer anarcho-autonome

Pour quitter cette mise en commun mondiale (ou presque, moitié au double), rien ne sert d’attendre une quelconque prise de conscience du système industriel, qui se satisfait parfaitement tout seul (tant que des spécialistes seront là pour l’entretenir). L’échelle idoine doit se réfléchir, s’appliquer et s’observer (car il en existe certainement quelque part sur cette bonne planète) au travaers d'expériences multiples et variées.

A une échelle correcte, « l’industrie » pourra subvenir aux besoins vitaux et culturels de l’individu tout en permettant à un groupe de proches (famille, communauté, village…) d’avoir une petite connaissance  de toutes les industries. Il ne me paraît pas insurmontable d’être spécialiste dans la menuiserie et de connaître ou d’avoir des proches qui connaissent les bases de la médecine, de la soudure, de l’optique ou de la culture des céréales.

 

D'ailleurs, je vous conseille cette conférence gesticulée. Si la première heure vous embète, allez voir la seconde (vers 1h25), il s'y dit des vérités qu'on ne pense pas assez. http://www.youtube.com/watch?v=SpDAoOUkfo8

 

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16 septembre 2013

Parole de vélo

Mon cher Arnaud

 

Je t'écris depuis les Hautes Alpes où tu m'as laissé il y a à peu près 8 mois. Tu es parti avec un autre, sûrement plus solide et adapté faire votre traversée des Amériques. ça doit être vraiment chouette mais la caillasse et le manque d'oxygène, et un poids comme celui de tes sacoches, c'est pas vraiment mon truc. Je n'ai pas la chance de voyager aussi loin et me contente des routes de France. Mais ça va, je me porte bien, le mec à qui tu m'as laissé s'occupe bien de moi, il me sort de temps en temps, autour de Gap ou même ailleurs. Il m'a changé le dérailleur merdique que tu m'avais laissé et va sûrement me remettre un "deux plateaux" l'année prochaine. Je vais redevenir un vrai pur coursier, j'ai hâte! Des fois, mon cycliste dit que je suis un peu lourdaud mais quand je largue un ultra-léger dans un col, je me dis que c'est pas bien grave. Il m'entretient bien et ne changera pas de destrier avant que tu ne revienne! Cette année, il m'a emmené dans les Vosges avec des petites sacoches. On était un groupe de trois pour traverser le pays plusieurs fois de long en large. C'était pas le Pérou, mais qu'est-ce qu'on était content. On escaladait des petits cols dans des hautes forêts, les routes étaient malheureusement humides et parfois moussues mais on a souvent pu être abrités dans des garages pour la nuit car nos pédaleurs ont préféré dormir dans des maisons plutôt qu'à la dure! Dans un col perdu au milieu des bois, pour monter à "l'union" comme ils disaient, j'ai pété mon pneu arrière d'un bruit sec, comme un coup de fusil. La trouille je te jure, au milieu des bois en plus! Faut dire que leur routes perdues là bas, elles sont en piteux état. ça doit pas être les tiennes mais quand même. J'ai pu rencontrer le vrai Popeye, et c'est chez lui qu'on a regardé la première du Tour de France en Corse! Ah tiens, je suis allé voir en vrai les vélos du Dauphiné qui arrivaient dans le Dévoluy. Ils avaient fait le col du Noyer qu'on avait fait ensemble y'a un an pour aller voir Eve à son ancienne ferme! Mais ces vélos pros, ils allaient plus vite les salauds! Le Contador qui emmenait le peloton, ça faisait pas rigoler!

J'ai été roulé aussi dans le midi, chez Grande Anne. Y'a que des vignes là bas et puis quand même quelques cols heureusement. On découvrait tous les deux avec Benjo des nouveaux paysages, des nouvelles routes, et quand on rentrait y'avait des filles qui s'occupaient de nous : Grande Anne et puis une petite chatte qui se frottait à mes roues (pettes). On est même allé dans la ville de Jalabert, un pur pèlerinage de 140 bornes.

Malgré les bons moments passés dans les Vosges, ce con de Benjo ne m'a pas choisi pour le Grande Pédalade avec ses copains et a préféré équiper son VTT de pneus slicks. J'étais un peu déçu de rester au garage au mois d'Août, j'aurais bien aimé refaire le Ventoux qu'on avait déjà fait ensemble et aussi la traversée du Jura et de la Drôme... Mais bon, il m'a promis de me ramener au Ventoux pour un chrono! Nom de Dieu ça va chier! Et puis ça y est, j'ai changé de garage, j'ai quitté Gap pour Bréziers chez une certaine Eve. C'est pas mal, je suis avec un vieux Peugeot, celui d'un certain abbé qui roule encore pas mal, et avec un MBK, catégorie lourdaud également, le premier vélo de Benjo. Y'a aussi un VTT avec nous, mais il est à l'envers et démonté. Je crois qu'il attend des réparations...On entend les gens s'activer autour de nous tous les jours, il doit s'en passer des choses mais on nous dit pas grand chose, y'a des odeurs de confiture, de brebis, de bois, de fosse sceptique...

Benjo va me ressortir pour l'automne. Seb et lui veulent refaire des cols ensemble. Le fiston de Julie et Seb fait pas encore de vélo, mais il est en cariole, ça entraîne le Seb et Julie est toute heureuse de rouler avec ses mecs! Mais avec leur agenda, je me demande s'ils vont trouver un jour pour galoper ensemble sur Moissière, Manse ou Le Noyer. Imagine si on allait au Galibier! Comme j'aimerais trop! Tu dois en voir toi des sacrés cols, avec des montagnes en neige tout autour.
 
J'aime bien le garage, mais j'aime encore plus rouler longtemps au travers des paysages. On est dans un état d'esprit plus propice à la réflexion. Actif des pédales, actif de l'esprit. C'est comme une musique, un tempo de l'effort qui nous transporte dans le rythme de la vie, on s'ouvre complètement quoi. Des fois, Benjo me dit qu'il m'emmènerait bien faire un tour de France, ou à minima une traversée des Pyrénées. Ce serait ma consécration de rouler comme ça tous les jours, ça vaudrait pas mal de repos après aussi... Mais je me fais pas trop d'illusions, c'est bientôt l'hiver et là où tu m'as laissé, l'hiver ils font du ski. Alors j'attendrai et puis les skis sont aussi de bons compagnons de garage, on a de bonnes discussions. Tu sais qu'eux, au lieu de les graisser et de changer des pièces, on leur met du fart quasiment tous les jours. Ils sont bichonnés en permanence sur des établis, on les brosses, on les repasse, on les grattes. Des fois j'aimerais bien être un ski, mais subir ça tous les jours, je sais pas si j'aimerais. C'est comme les vélos professionnels, y'a toujours quelqu'un pour les triturer. Non, j'aspire à un minimum de tranquillité quand même! 

Bon je pense bien à toi, j'espère que tu kiffes les routes lointaines et que ta bicyclette se porte bien et te cause pas trop de soucis. On se tient au courant si des fois je viens tourner les pédales à tes côtés au Canada l'été prochain!

Ton bon Bertin

 

 

 

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05 septembre 2013

un coin d'islande

 

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Au  sommet, c'est une vue hallucinante qui vous embrasse. Après avoir traversé la petite foret, puis les champs de mousse et de pierres, après les pelouses en dessous desquelles des falaises hostiles plongent sur le glacier, et après l'escalade dans le pierrier, me voilà au sommet d'un monde nu, sauvage, brut, et beaucoup trop vaste. D'un coté, une grande vallée de sable et de pierre au sommet de laquelle un glacier se casse dans d'immenses falaises piis se reforme en dessous pour finir dans un lac glaciaire. Derrière, d'immenses pentes découpées par les torrents. Diverses couleurs se superposent inlassablement sur l'une de ces montagnes. ca ressemble à ce que j'ai vu de l'himalaya au pakistan ou au Tibet (en photo bien évidemment). Personne alentour, rien que le minéral et la glace. Car derrière tout ca, l'immense calotte glaciaire s'étale sous le bleu ciel matinal et plonge dans un immense, colossal glacier de plusieurs dizaines de kilomètres de large.

De l'autre coté, la plus haute montagne d'Islande et ses copines surplombent la calotte. Elle ressemble franchement au Mont Blanc, mais sans téléphériques, sans meme un refuge, et pour l'instant sans un Chamonix au pied. Et pour cause, le Chamonix est pour l'instant sous la glace qui s'écoule en quelques bruits sourds.

Derrière tout ca, une vaste et morne étendue de sable noir recoit les eaux et les alluvions de toute la région. Sur cet immense delta glaciaire et volcanique, on distingue quelques grands ponts de la route n*1. Et au loin, inatteignable, c'est l'océan atlantique.

Je pourrais rester des heures, des jours au centre de ce palais naturel où le regard se perd, divague et se promène, puis revient et repart, dans la glace, les cascades, les roches, l'Océan, le bleu, le blanc, le noir, le rouge, l'orange, le vert, le gris... Malgré l'absence totale d'humains dans les parages, un cahier relate le passage de nombreux d'entre eux. Au milieu des ''Nice view'', ''beautiful landscape'' et ''Sun in july'', on trouve des petites perles : ''C'est pour des instants comme celui-ci qu'on est sur Terre. Ici, on se sentpetit, faible, humble. Enfin! Puissent les Hommes se sentir aussi humbles que nous sur cet humble sommet.''

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l'auto-stop

 

 

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L'auto stop est un formidable miroir social, qui a l'avantage de ne vous présenter que des gens sympas, puisqu'ils ont déjà fait la démarche de s'arreter vous aider dans votre voyage. Donc je passerai sur les gens seuls qui ignorent votre présence au bord d'une route surchauffée de gaz d'echappements, ceux qui accélèrent en vous rasant, ceux qui sont désolés car pleins à craquer et ceux qui font un signe ''money, money!'' Et là, vous vous dites ''eh bein en fait il en a quand meme parlé, le bougre!!". Certes, je suis four voyez, car ce sont eux qui représentent la grande majorité des automobilistes.

On rencontre des gens très gentils. Mais dans la carégorie des gens gentils, il y en a encore de plein de sortes, pour bien faire des catégories de personnes du style ''de droite'', ''de gauche'', ''homos'', ''cons'', ''beaufs'', ''bobos'', '' noirs'', ''arabes'', ''jeunes des cités'', ''fachos'', ''classe moyenne'', ''bac+5'', ''paumé''... L'auto-stop est alors une des manières de rencontrer beaucoup de personnes sorties de l'entre-noutisme et de renouer le lien social qu'on trouvait au temps jadis dans les nombreux bars et épiceries du coin. Pour une analyse sociologique plus élaborée, il est presque dommage d'éliminer les gens méchants, individualistes et autres familles nombreuses. Dans la démonstration suivante, nous nous attacherons donc à mettre les gens dans des cases pour au final démontrer que l'espace vectoriel des ''cases à personnes'' est en fait de la meme taille que l'espace vectoriel de l'humanité. Trivial me direz vous mais on a souvent tendance à penser inconsciemment le contraire et à décrire par exemple le bobo parfait comme écoutant un manu chao vinyl achetté au leclerc sur une platine de brocante et dégustant des produits équitables importés par avion depuis le Pérou.

A propos de vinyls, je venais d'en dégotter deux trois sur un marché à St Rémy de Provence. Ma conductrice précédente m'y avait déposé en me racontant qu'elle y avait habité cinq ans mais qu' Aix en provence, c'était beaucoup mieux car on peut tout faire à pied et qu'il y a des cinémas, des bars, et des gens un peu plus ouverts, et surtout ses amis. j'ai pas trop porté de jugement sur sa définition de ''gens ouverts'' d'Aix et de ''gens plus fermés'' de St Rémy pour au final lui assurer que le plus important, c'est d'habiter à coté des gens qu'on aime. Elle me souhaite bonne chance pour le stop avec les gens de St Rémy et donc, j'achete des vinyls de keith jarret et des pogues comme un bon bobo avant de me remettre au pouce. Le type qui me prend possède une belle décapotable chrysler qu'il a ''rachetté d'occaze à un pote''. A la radio passe du souchon, je biche pas mal. Le type, très loin de l'archétype du ''riche'', Robert, me questionne sur mes disques puis me dit que lui, il n'écoute que la radio et ''sinon chez moi c'est la télé''. Transporteur à priori célibataire, basé dans l'Aveyron, il passe ses vacances avec ses vieux amis de Cavaillon à boire du rosé et à prendre le soleil. Je ne saurai pas grand chose de plus sinon qu'il déteste l'autoroute et affectionne particulièrement les petites routes de montagne pour rentrer chez chez lui en décapotable. Malgré ma haine de l'autoroute, je l'ai quand meme empruntée dans diverses autos afin d'arriver à destination avant la nuit, mais en n'oubliant pas d'en débattre un peu avec mes conducteurs, qui sont évidemment unanimes sur le fait que c'est trop cher. Je rajoute ''qu'en plus, ca va trop vite'' à ma conductrice qui vient de doubler une voiture de flics avec radar embarqué. ''Je me fait souvent avoir par la vitesse quand je discute''. ''En meme temps, ils ont que ca à faire les flics plutot que d'aller sécuriser les banlieues''. La madame, Danièle, qui habite au fin fond d'une vallée des Alpes, s'éparpille très vite sur tous les sujets. Je tente régulièrement de recentrer notre discussion à coups de : ''Le plus paradoxal, c'est que l'Etat subventionne les constructeurs autos pour nous faire des voitures qui nous permettent d'aller vite et de payer nos amendes à... l'Etat, En gros l'Etat paye les policiers et les constructeurs autos, le citoyen paye les constructeurs autos et l'Etat. Le grand gagnant madame, c'est le constructeur auto, bien aidé par l'Etat''. Et finalement, conduire une 2cv à 80 à l'heure, lui paraissait beaucoup mieux. Puis lorsqu'elle s'est apesantie sur des douzaines d'exemples où l'Etat délaisse ses citoyens pour préférer faire des opérations militaires aux quatres coins du monde, j'appuyai en nous demandant si nous serions heureux que des russes ou des chinois venaient résoudre nos problèmes de retraites ou de mariage gay, sur une échelle de comparaison avec un massacre tout à fait inapropriée j'en convient. Mais nous ne sommes pas des prophètes qui prenons parti pour telle ou telle faction d'un pays lointain, nous pouvons plus raisonnablement apporter une aide humanitaire. Seulement, j'ai bien l'impression qu'à écouter les médias, c'est ''bien'' de lutter contre tel dictateur pour le ''mal'' qu'il fait à son ''peuple''. Je me garderai bien de juger une guerre lointaine, moi qui n'en ai vécue aucune et dont la dernière en mon pays avait mis en évidence une collaboration avec un génocide. Pour revenir aux banlieues où les flics sont trop absents selon Danièle, un couple de boulangers sortis du 9-3 m'a pris un peu après. Fatigués de leur voyage de déménagement de nuit, ils m'ont laissé conduire pendant une heure! J'ai ainsi pu prendre un autre auto stopeur en route pour l'Espagne. On a beaucoup valorisé la solidarité et la fraternité entre nous, ''il faut s'aider et faire confiance sinon on va pas bien loin''. Ce sont bien les citoyens qui font le mot ''fraternité'' sur les frontispices de nos mairies et pas la plupart des élus qui le remplaceraient plutot par ''profit'' ou ''mandats'', mais ca rimerait pas, alors ils le font pas.

Ce qui est certain, c'est que c'est assez facile de discuter avec des gens acquis à sa cause. Parce quand le type n'arrete pas de cracher des ''connards'' à toutes les autres autos et qu'il vit dans une petite ville reculée parce que c'est moins cher mais ''que c'est vraiment tous des connards dans cette ville'', j'ai un peu peur à mon tour de faire partie des ''connards'' et de me retrouver au bord de la route un coup de pied au cul. Ou alors quand un barbu basané me sort que ''les femmes, ca sert vraiment à rien'' et que ''te marie jamais'', je me garde bien d'émettre un jugement qui serait déplacé tant nos cultures diffèrent et qu'on va pas sauter le fossé culturel qui nous sépare en un quart d'heure... Y'a aussi le consultant (consultant en consulting ou un truc encore pire, j'ai absolument rien compris...) au volant de sa BMW qui me raconte une étude récente sur les prénoms et les mentions au bac. "Parmis les Madeleines, je vais dire une connerie, mais 20% vont avoir mention très bien au bac alors que parmis les Kévin, vous en aurez seulement 1%, mais cette étude va bientôt être interdite avec les rigolos qui nous gouvernent". Tout ça pour conclure qu'il faut bien choisir le prénom de ses enfants, que c'est un reflet du milieu social... En plus d'être bien habillé. "Mon neveu, il est allé cherché un appartement en attachékaise et en costard cravate, il a grillé toute la queue, le propriétaire lui a attribué directement". "C'est horrible, j'en conviens, mais que voulez vous, c'est comme ça il faut s'y faire"! Malgré le fait que ce monsieur appartienne à la classe que certains appellent "gros con de droite", il m'a pris dans son auto pour discuter, apprendre ou causer, mais j'avais "bonne gueule" et je m'appelle pas Kader. Après coup, je me suis dit que j'aurais pu lui répondre qu'il est peut-être préférable d'agir avec égalité pour changer un tant soit peu la morale de ce monde plutôt que de s'y fondre pour participer soi même au "c'est horrible". On me fera même remarquer, à mon plus grand regret, que j'aurais pu atteindre le point godwin le plus rapide de l'histoire : "Dans les années 40, y'avait aussi des trucs horribles et beaucoup ont décrété que c'était comme ça et ont léché les bottes à l'occupant." Le genre d'occasions manquées qui laissent au bord de la route!

Voilà pour ce qui est des expériences de stop en France, car à l'étranger, on parle plutot dans un anglais approximatif du voyage qu'on fait, et de tourisme. Certes, on apprend aussi que le policier islandais ne porte pas d'arme et qu'il n'a jamais vu de meurtre de sa carrière, on comprend que l'allemand est un entrepreneur libéral qui s'extasie du bon fonctionnement de la société et qui profite de ses vacances pour se ressourcer dans un pays étranger pour faire un maximum de photos. On rencontre des islandais de la capitale qui passent leur week end ou leurs congés dans leur région d'origine ou dans leur maison de vacances. A l'étranger, et en l'occurence en Islande, on part plus à la découverte des autres en tant que spécimen d'un pays ou d'une culture.

En France, on a plus de débat sur la société et avec des gens de tous poils. On lie moins de liens mais on discute et on apprend peut être plus.

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03 septembre 2013

La pédalade

A vélo, on traverse les paysages à allure raisonnable et ô combien satisfaisante. La petite route, bordée de platanes ombageux et battus par les vents, sinue tranquillement entre les monts aux flancs arides au sud et boisés au nord. Elle passe au travers de champs de lavande et de foins. Les landes, anciennes cultues laissées à l'abandon s'éparpillent sur des terrasses dont les murs s'effritent. Des petites maisons paradisiaques à cette période de l'année montrent fièrement leurs murs de pierre au bord de la route ou resserrées dans un village somptueux, lui même dressé majestueusement et faisant bloc face aux agressions naturelles. Les pierres et les arbres semblent ici dater de plusieurs siècles. Ici, l'histoire et le temps marquent fortement le pays. Dans cette montagne accablée par le soleil et le vent, nos bicyclettes gardent bon train. Les exploitations agricoles se font rares et les vieilles bâtisses servent aujourd'hui de gîtes ou de chambres d'hôtes vantant les mérites de la région à des touristes qui recherchent le calme de l'été et l'isolation. Ces pierres millénaires, qui autrefois accueillaient une vie foisonnante,ne reçoivent aujourd'hui que la présence aseptisée de touristes qui troquent leur participation à la grande administration mondiale contre un non moins nécessaire retour au calme et à la nature de quelques semaines. Sur nos vélos, nous participons aussi à ce schéma paradoxal, profitant de nature avant de retrouver nos activités de grande échelle entre 4 murs et devant un écran. On se libère l'esprit et le corps dans cette pédalade rythmée par les feux, les fromages, les picons, les nuits en hamac et les cafés.

En traversant la Franche Comté depuis notre pays les vosges, nous avons traversés des campagnes encore très actives, merci au comté et peut être à l'absence relative de tourisme. Campagnes également marquée par une diminution et une centralisation de l'agriculture. Les guerres, sur le sol ou en terre extérieure sont encore présentes dans la tête des "vieux", qui n'ont plus que Pujadas et consorts pour se faire une idée du monde, pour faie une belle généralité. Quoi qu'il en soit, "on vivait avec moins de chose, c'était rude, mais on était peut-etre plus heureux", parole d'un moustachu monobloc un brin raciste. Puis nous sommes passés par Lyon l'ancienne, surpeuplée de gens chics et branchés, sûrement les petits enfants du petit moustachu à bretelles, mais possédant un savoir et une perspicacité certainement supérieure, car bien ouverts au Grand Monde. 

Nous nous sommes ensuite frottés aux motards et au Ventoux lui-même, marquant notre passage fugace sur ce haut lieu du cyclisme, marqué par l'Histoire des éléments puis des Hommes. En redescendant, il est temps de se recenter sur le Plaisir et non sur la Performance!

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02 juillet 2013

De la schizophrénie du monde

Comment peut-on : 

- jongler avec des oeuf et se plaindre de l'état du carrelage après

- prôner le libéralisme et le marché libre tout en étant protectionniste et gardien de frontière

- se pavaner devant (et financer) le sport spectacle tout en piétinant dans la poussières les individus pris dans le dopage

- pleurer les SDFcouchés dans la rue tout en ayant des responsabilités d'Etat (vu et entendu dans Paris 16ème)

- être à la fois libéral mondialiste et se dire socialiste

- financer la télévision avec la publicité Macdo et créer en parrallèle les mangerbouger.fr et compagnie

- trouver horrible les zones industrielles et artisanales et et prôner le libre échange et la croissance

- faire un plein d'essence par semaine et s'insurger contre les lampadaires allumés toute la nuit

- Arroser sa pelouse et la tondre quasi-simultanément

- Chanter aux enfoirés et avoir son argent en Suisse

- Appeller "plan social" un licenciement

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27 mai 2013

Le vélo

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Et un jour, bizarrement, je me suis mis au vélo. Non pas le vélo pour aller au boulot, le vélo. Le vrai vélo. Celui où il faut mettre des trucs moulants, des lunettes aérodynamiques et surtout de toutes les couleurs avec des reflets arc-en-ciel, des gants avec des trous au bout des doigts et des chaussures impossibles à marcher. Malgré ça, inutile de vous préciser que mon allure n'avait rien à voir avec un coureur du Tour de France. Voici pourquoi.

Non seulement quand un fondeur (ou un skieur de fond) fait du vélo, il respecte scrupuleusement les règles suivantes :
1- il ne se rase pas les jambes, ça jamais. C'est ce qui le différencie, con qu'il est, du reste de population roulante. Ainsi, en cas de blessure, il  pourra souffrir de ses poils en plus de sa blessure.
2- il ne met pas de gants troués au bout des doigts censés protéger les mains lors d'une chute
3- il ne roule que rarement en dessous du seuil lactique. Vu que je fais pas de dictionnaire ici, on dira qu'il appuie sur les pédales comme si c'était le dernier kilomètre d'une course, même s'il lui en reste une centaine. Après ces trois points, vous l'aurez compris, le fondeur est quelqu'un de pas bien évolué qui se fiche de tout, s'en prend plein la gueule, et recommence.

Mais en plus de ça, j'avais gardé mon bon vieux maillot et mes bonnes vieilles chaussures que j'avais au lycée. A voir les autres (même fondeurs) qui roulaient avec moi, j'ai cru comprendre que le matériel avait évolué. Leurs chaussures sont vachement belles, avec des petites manettes partout. Mais le mien, achetté par mes parents à l'époque, fonctionne bien, merci, "vous verrez dans les côtes". Mon vélo pèse 4 kilos de plus que les vôtres? "Alors ça risque de vous faire encore plus bizarre de le voir partir devant dans les cols!" Ils m'énervent tout ces cyclistes qui regardent leurs vélo, leurs cuissards et leurs compteurs. On est des fondeurs merde! On n'est pas là pour se regarder! Une fois qu'ils sont plus sur leur vélo, ces fondeurs qui ont oubliés les trois commandements cités plus haut, tapotent sur leurs portables haïteck, rêvent de grosse bagnoles et de superbes fringues, laissant au passage un salaire entier, le leur ou celui de leur parents. Bref, dis-je avec assurance et une certaine condescendance, mes enfants, c'est pas le matériel qui compte, c'est le bonhomme qui le met. 

Dans tous les sports on rencontre ces mêmes personnes, même dans les refuges de montagne les plus perdus, il y en a qui sont à montrer leurs mousquetons comme leur nouvelle rolex, en vous expliquant pourquoi ce matériel est vraiment le meilleur et qu'en face, on dit "oui" poliment en se grattant les oreilles et en regardant à droite et en pensant plutôt au repas qu'on va bien pouvoir nous servir, et de quel jaja on va bien l'accomoder.
Bref, revenons à nos vélo car une fois qu'on roule, les petites joies sont nombreuses :

- traverser un village en se faisant saluer par le petit vieux à béret qui fait son jardin

- traverser un village en se faisant saluer par un type au bar qui boit son ricard

- traverser un village, traverser un village quoi.

- prendre l'aspiration sans pédaler et se rendre compte que celui de devant en chie comme un russe

- comprendre que celui de devant va s'écarter et qu'il va falloir mettre un peu de lactique dans les cuisses. 

- mener un groupe en côte et se rendre compte que dans le groupe, on est tout seul et que tout le monde "a pété"

- attendre les autres en haut du col avec un grand sourire

- arriver en haut du col suivant en voyant ses compères sourire en haut.

- pencher dans les virages en descente

- rouler au soleil et voir un rideau de pluie s'approcher inexorablement.

- doubler les voitures, évidemment.

- avoir des sandwiches qui sautillent devant les yeux à la fin d'une sortie un peu sportive.

 

 Un matin, je savais pas quoi faire pendant la grasse matinée de mon amoureuse, la météo annonçait grand beau et même si on s'était couchés tard (voire même tôt le lendemain), j'ai décidé de mettre mon réveil à 6h30. C'était dimanche et ça change pas, ça m'arrive trop souvent de jouer à ce genre de connerie. La sérénité appartient à ceux qui se lèvent tôt, me dis-je en moi même comme pour me justifier. Enfin quand le réveil sonne et qu'on a l'impression qu'on vient juste de s'endormir, la sérénité, j'avais envie de lui dire d'aller voir ailleurs. Et puis, mine de rien, la sérenité m'a mit un coup de pied au derrière pour que je sorte du lit, je me suis retrouvé, mécaniquement, debout devant 4 pains aux chocolat et un café en train d'étudier une carte, chose que j'aurais eu peine à imaginer il n'y a pas dix minutes. L'objectif du jour, c'est la Montagne Noire, la montagne la plus au sud du massif central, avec son antenne qu'on voit toujours de loin depuis la plaine des Corbières et depuis les contreforts du Pays Cathare. Je tente d'imprimer la carte dans ma tête, je retiens le nom des villages, car ne comptez pas sur moi pour m'encombrer avec ce bout de papier, ça ne sert à rien! Le rendez-vous avec ma dormeuse est fixé à Carcassonne, au vide grenier, à midi. Evidemment, mon téléphone n'a plus de batterie, et il faut fixer un  rendez vous là maintenant, un rendez-vous qui ne bouge pas ni dans l'espace ni dans le temps, comme on faisait dans le temps, quand l'absence de technologie nous permettait d'être organisé. Trêve de critique du techno-scientisme, la principale problématique du matin se résume ainsi : comment satisfaire mon envie de découverte en allant le plus loin possible tout en étant à Carcassonne à midi? A une autre échelle, on pourrait aussi se demander : comment faire le Tour du Monde en deux mois de vacances sans dépenser de pétrole? Mes réflexions se réfléchissent dans la surface de mon café et je finis comme d'habitude par cracher sur la société, sa culture de l'expérience et de la visite, entraînant forcément des vitesses de déplacement toujours plus élevées et un raccourcissement dans le temps de l'émotion pour préférer l'accumulation des émotions. Toujours la même chose : "Oubliez la qualité! Préférez la quantité!" Finalement, je m’accommodai à ma société et j'étais paré : pompe, bidon d'eau, cookies de subsistance artisanaux, chambre à air de rechange, l'outil multifonction, parcours dans la tête. Et c'est parti pour un contre-la-montre de qualité, le parcours allait être somptueux, mais il fallait "faire une moyenne". L'échauffement a consisté à traverser la plaine de l'Aude, les vignes, les rivières, les villages soudés aux larges rues avec de belles portes cathares. Cette année, la plaine est verte. Très verte. J'adore et traverse la plaine à grande vitesse, malgré le rythme "échauffement" que je m'étais fixé au départ. A la première petite côte, j'ai pas pu m'empêcher de garder le même rythme de jambe et de l'avaler toute crue, en lui laissant un peu d'acide lactique et un morceau de poumon en souvenir. Avant de quitter la plaine et de m'enfoncer dans une vallée tortueuse, je réfléchissais à mon parcours et en voyant l'heure au clocher, je me dis que j'étais dans les temps, voire même un peu avance. Là, vous vous demandez : "Comment quelque'un qui dispose de 5 heures à peine pour visiter la Montagne Noire en vélo peut-il s'en sortir s'il n'a ni montre, ni carte, ni compteur?". Les compteurs, j'en suis allergique, ça ajoute du poids à mon vélo déjà un peu lourdaud. ça m'embête les yeux, ça me donne trop d'informations dont j'ai pas besoin. Bon, je pourrais avoir l'heure certes. J'écoute mes jambes et elles sont en forme après une semaine de repos, elles tournent toutes seules. 

 

La petite vallée aux flancs arides et méditerranéens se peuple progressivement de grands chênes et de châtaigniers. La route sinue à travers les rochers de granit qui surplombent une rivière limpide et bien remplie. Les villages au fond de la vallée se perchent sur des rochers, laissant les zones à peu près plates aux pommiers et aux foins. Cette fois, c'est franchement vert, et l'automne ici doit sentir fortement la châtaigne. En montant encore (j'avais un col à passer), la végétation changeait encore. Cette fois, je trouvais des hêtres et même des épicéas entre deux blocs de granit d'où s'échappaient des fougères. J'ai quand même pas fait 800 kms au nord pour me retrouver dans les Vosges? Mes jambes me joueraient des tours? Bon c'est vrai j'ai pas lâché le grand plateau (c'est interdit dans les cols en dessous de 5%), mais quand même! Et j'arrive finalement au col et bascule dans le département du Tarn. Des champs de toutes les couleurs remplis de fleurs sont disposés aléatoirement sur un plateau vallonné entre des hêtes et des sapins. Des ruisseaux chantent la floraison et le soleil généreux du jour. Moi, je me contente de profiter de la descente pour grossir ma moyenne, que je ne connais pas bien évidemment, mais c'est une expression. Comme prévu, j'arrive au croisement où je devrais tourner à gauche vers Castans. Par contre, ce que j'avais pas prévu, c'était que le panneau d'indication indiquait tout droit Mazamet... Mazamet.., Mazamet, qu'est-ce que c'est ça... Je tourne ce nom dans tous les sens dans ma tête : "Mazamet, mazamétains, un coureur mazamétain, le grimpeur mazametain, ce sprinteur de Mazamet..." Je le tiens! Jalabert! Et la chanson des Wampas (voir ci dessous tout en bas) me revient et me glisse clairement dans les oreilles que ça ne sert à rien d'aller à gauche et que tout droit, c'est forcément mieux. Si j'avais eu des appareils électroniques, peut-être qu'ils m'auraient rappelé l'heure d'un certain rendez-vous à Carcassonne. Mais ils n'étaient pas là! Et moi, je file vers Mazamet pour faire une Jalabert! Chason des Wampas en tête, je tourne les jambes aussi vite que Didier gratte sa guitare. J'arrive dans une large vallée entourée de vertes collines et de montagnes. La rivière au fond est agréable, le soleil donne et j'arrive à Mazamet. Comme je suis pas non plus idiot, je me contente de traverser la cité, sympathique et de bifurquer vers un nouveau col sur la gauche, à l'assaut de la montagne noire. Toujours très verdoyante, la vallée me dit qu'il serait temps que je pousse un peu sur mes pédales. Mais vers où? La nationale ne me dit trop rien, et je finis par  demander à des gens par où je pourrais aller à Carcassonne sans trop de bagnoles et sans trop monter. Les gens me répondent pleins d'entrain que y'a une route très jolie, qui suit la rivière et qui arrive à Pradelles devant les éoliennes, qu'après, il faudra que je descende du côté de Cabrespine pour rejoindre la plaine de l'Aude. En bas, il ne me restera plus qu'à traverser les vignes pour rejoindre la cité de Carcassonne mais que "Oulalaaaah, hébé vous êteus pas arrrrivé, mon garrçon". Dans ces cas là, je me dis que ça devrait quand même aller vu qu'après ça descend, que j'ai la forme et que je viens de m'enfiler 2 cookies. Dans la descente, toute la chaîne des Pyrénées blanches en toile de fond, je refais mon vocabulaire et comprend ce que signifie "tombeau ouvert". Quelques toutes petites frayeurs ne m'empêchent pas de me réconcilier totalement avec la descente, ce profil qui ne m'était plus destiné depuis ma chute quand j'avais dix-douze ans dans un virage avec des graviers. En bas, enfin un panneau "Carcassonne 15" et un clocher qui me dit qu'il faut que je sois à Carcassonne... il y a 3 minutes. Zut. Je vais être obligé d'appuyer comme un dingue sur les pédales, grand plateau petit pignon, tête baissée, mains en bas du guidon, allez, on va finir la ballade comme ça, histoire de "faire monter la moyenne" une dernière fois. Vent de face, petites côtes, aïe ça commence à brûler. Ah oui, j'oubliais, le cycliste, ajoutons le cycliste pressé, n'aime pas beaucoup les panneaux de la circulation qui indiquent une destination deux fois de suite -avec quelques kilomètres d'interdistance quand même- mais avec le même nombre de kilomètres. Il n'aime pas non plus passer un pont sur une rivière. Cela signifie qu'il est au point le plus bas de la route, et qu'inexorablement, il va finir par prendre de l'altitude quelque part, aussi minime soit cette prise d'altitude. Je devrais rouler avec un GPS, je serais prévenu de tous ces horribles imprévus qui me foutent le moral en berne. Le cycliste pressé, aussi con soit-il d'être pressé, prend tout de même le temps d'admirer la cité de Carcassonne se rapprocher avec en arrière plan les Pyrénées blanches se découpant sur un océan bleu. Quand le cycliste pressé a l'impression d'aller vraiment vite, et qu'en plus, il doit être un peu crevé, il voit même un décors de cinéma où les plans bougent les uns devant les autres. Et alors là, je vous assure que, tel un petit chat qui traverse le jardin, la cité de Carcassonne qui s'élève tranquillement devant le panorama des Pyrénées, même Spielberg, il le fait pas.

 

Au final, j'arrive avec un quart d'heure de retard sur "l'heure fixé au départ plus un quart d'heure". Là, je ne me prends ni baffe, ni moue, ni grimace, mais un grand sourire en pleine tête, suivi de rires et d'exclamations. Je ne sais pas si c'est mon accoutrement, ma tête de déconfit, ou simplement la joie d'une personne qui fait ça, mais c'est une arrivée bien meilleure que n'importe quelle étape du Tour de France.

 

 

 

JALABERT

 

 

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14 avril 2013

Des nouvelles de l'hiver (et de sa suite)

 

 

Ça y est, la saison est terminée, la grande saison d’hiver laisse place aux fleurs et aux légumes, aux bandes de neige qui rétrécissent, aux feuilles naissantes et à l’herbe grasse. Il neige de plus en plus haut, on a plus besoin de pulls de laine, on se déplace en vélo, ça y est, c’est bel est bien la fin de l’hiver et donc par conséquent le début du printemps. J’ai skié jusqu’aux 6 avril inclus, dans le pays du ski, où encore à cette date, deux mètres de neige se tassaient pour pas dépasser les panneaux. Un mois de ski entre copains, à bourriner « comme des sales » entre deux exercices techniques, un mois à apprendre plein de trucs et avec des idées plein la tête, tout ça entrecoupé de picon-bière et de rires tonitruants, un mois de fromages, de sapin et de fartage. Un mois de pur bonheur, grâce à tous ceux qui étaient présents, des jeunes comme des « anciens », chacun à sa manière, et qui fartaient, skiaient, tapaient le carton, décrivaient le pas de patineur combiné de leur manière singulière et bien chouette.  Il y avait Mathieu, un « ancien », qui tient un gîte à Névache et qui était sorti de sa névachie pour avancer un peu sa formation ; Mathieu, il a toujours sa jambe qui se lève et son genou qui se plie en classique, il rigole et parle fort, ça passe d’ailleurs vraiment niquel avec les gamins de la colo d’à côté ! En dehors de ça, c’est toujours le premier à proposer d’aller boire un verre, vêtu d’une ptite chemise et d’un gilet façon andalouse. Là tu rentre dans son camion pour aller aux Rousses et toutes les musiques anars te sautent à la gueule. Le camion hurle dans tous les virages « Mort aux vaches », « Bella ciao ciao ciao » ou « Sidi H’bibi » et d’autres trucs sortis de nulle part. A n’importe quel moment du jour, on l’entend arriver en sifflant un Ennio Morricone sorti des caves cinématographiques de l’Ouest. C’est bon, il est là, la journée peut commencer. Il y avait aussi Laura, une autre « ancienne » mais il faut prononcer « Laoura ». Elle, c’est pareil, question sourire, elle connaît bien, mais avec l’accent espagnol en plous. Toujours milles histoires à raconter, autour de sa ville de Grenoble ou dans ses périples nordiques et scandinaves, avec une banalisation joyeuse de tout ce qu’elle a d’exceptionnel.  Y’avait aussi Firmin, un vosgien exilé en chartreuse, pas encore 20 ans et prêt à n’importe quelle connerie. Avec quelques années de plus, je sautais encore dans la moindre de ses conneries comme descendre le massacre en caleçon, ou sauter un toit de ferme plein de neige, ou encore aller au bar en ski. Lui, c’est toujours la forme, un rire qui claque dans la salle du ptit dèj sur des trucs débiles, des skis qui font toujours la course. On aurait cru Popeye tellement c’est un amusou, et avec l’accent vosgien en plus, ça c’est le top ! Et tous, avec ces trois là et les autres, on naviguait dans les combes et les forêt, de manière déhanchée, souple, efficace et rigolarde comme Bastoun de Villard, où tout en puissance comme Trab ou comme moi, qui avons pris les surnoms de « bûcherons ».

Il fallait pas mieux que ce mois de formation de ski et d’humanité pour clore une saison déjà bien remplie par mon nouveau job d’entraîneur de ski. Une saison au soleil et sur les skis, tranquille avec les gamins, ou rapide avec les grands, des émotions incroyables sur les courses quand le fartage est bon et que tout le monde passe sur le stand fartage en poussant des exclamations de réussite, qui évidemment mettent la pêche aux autres, ceux qui ne sont pas encore partis. Du premier ski le 30 octobre dans la neige du Vercors au 6 avril dans la neige (pas si molle) du Jura, la saison n’a jamais été aussi longue et remplie. Je dois approcher les quinze cent bornes.

 

Ce matin, avec Flo, mon colloc, on aurait dû « se faire » le Vieux Chaillol en peaux de phoques, ç’aurait marquer le coup du ski de printemps. Manque de bol, on a encore été au bar la veille au soir et on s’est encore couché tard après le traditionnel « rami-thé ». quand le réveil a sonné à 4h30, j’me suis dit que je reste couché 2 minutes avant de me lever, mais manque de bol, les 2 minutes ont mesuré 4h. Du coup, j’ai été obligé de prendre le petit dèj sur le balcon au soleil, en lisant Siné et aussi avec vue sur les sommets enneigés, et encore avec les chats qui tournent et qui cajolent les mollets. Vu l’heure, je vais plutôt aller « rouler » et « faire des heures de selle » comme dit Tudual, un ami breton fou de vélo. Depuis une semaine, j’accumule pas mal d’heures de selle, ça change, ça fait traverser des tonnes de petits villages en pierre avec des senteurs de printemps et des vieux en bérêts qui font des « salut gamin, profites bien ! ». Je découvre

 

de nouveaux coins, des ptites vallées toutes vertes avec une douce rivière encore un peu grosse au fond. Derrière les fontaines, on a la vue sur la Provence, ou sur les Pyrrénées quand je roule vers Carcassonne. En vélo, à travers les champs, les ponts et les garrigues, on laisse aller ses idées et des projets fous s’assemblent, se forment et se déforment agréablement. La traversée du « pays » donne de l’air dans les idées, abreuve lentement et oxygène nos pauvres neurones, habituellement toujours sur les quatres cents coups pour « savoir, programmer, faire attention, danger , vite, beaucoup, mal ».

 

Et donc, je vous souhaite un bon printemps à tous, c’est l’heure de semer et de se rouler dans l’herbe !

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18 juillet 2012

Le Jean Pierre

Le Jean-Pierre

 

J’vais vous raconter cette histoire, celle d’un ptit gars

Il s’appelait François mais tout l’monde le nommait Jean-Pierre

Il changeait ces choses-là que d’habitude on peut pas

Sa grande force, c’est qu’il y croyait dur comme fer

Moi j’l’ai rencontré y’a vingt ans, au coin d’une bouteille de musique

Sa seule passion à l’époque, c’était rien que de prendre l’air

A la rigueur de temps en temps l’eau le feu et puis la terre

Propriétaire de rien, il empruntait et ne rendait ni âme ni fric

 

Refrain 1

François Jean-Pierre est un jovial de haut vol

Le bon sens à la voltige, le minimum dans sa valise

Si le monde comptait plus de gens avec autant de chaleur,

J’suis sûr qu’sa rotation serait meilleure

Quand ça tourne trop et qu’ta tête frise, tu le suis au fond d’la nuit c’est plus la crise, surfe sur la brise car la nature est ton école.

Ne prends sur toi qu’un murmure ou en cas d’besoin une tite fiole

 

 

Quand mon histoire a continué, Jean-Pierre a craqué son cœur pour la Martine.

Et vite il a caressé l’idée d’habiter cette jolie citadine.

Leur bonheur était au complet, sans sirène et horodateurs,

Les cœurs dans les champs de blé, une vieille baraque pour demeure.

Pendant c’temps là, on croisait plus trop not’ Jean-Pierre,

Dans les forêts sur les ch’mins, les sommets ou autour d’un verre,

Ils vieillissaient, un peu durement, avec un peu d’argent,

Mais cherchaient dans une ville à être un peu plus tranquille.

 

 

Refrain 2

François Jean-Pierre et sa Martine vont s’casser changer de sol,

Le bon sens à la voltige, le minimum dans leurs valises

Si leur horloge et ses aiguilles piquaient avec moins de vigueur,

J’suis sûr qu’sa rotation serait meilleure

Quand ça tourne trop et qu’ta tête frise, l’ami fuis vite, au fond d’la nuit tu te figes, tu pousses un sol, t’as l’aventure pour tes guibolles.

Ne prends sur toi qu’un murmure ou en cas d’besoin une tite fiole

 

 

J’suis pas fumier, c’est pas fini, j’vais même vous raconter la fin,

Un jour Jean-Pierre est revenu avec une triste mine

« Elle est partie » qu’il a dit et « je ne crois plus en rien »

J’réponds « Flibustier, viens plutôt voir le chêne sur la colline »

L’est dev’nu grand, les enfants dansent dedans, c’est ça qu’est l’important,

On a rien et on n’est rien, tu sais nous aussi on va y aller »

Tête en l’air, sur son banc, le Jean Pierre a redit « Vivement »

Un peu de rien et un monde fou, une sauterelle l’avait ranimé

 

Refrain 3

François Jean-Pierre était un jovial de haut vol,

Le sens de la haute voltige, il est partit sans sa valise

Si le monde comptait plus de chaleur que de rigueur,

j’suis sûr qu’sa rotation serait meilleure,

Quand ça tourne plus et que tout lâche prise, vas-y tu vois, t’as plus le choix, manges une cerise et pousses un sol, le renard te fera sa cabriole

Ne prends sur toi qu’un murmure ou en cas d’besoin une tite fiole.

 

 

Refrain 1 !

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12 juin 2012

la lettre à la SNCF

Cher Monsieur-Dame de la SNCF

J'ai réservé un train à grande vitesse (TGV) le samedi 9 juin 2012 de Grenoble (06h30) à Nancy (12h00). J'ai eu un problème de réveil. Réveillé naturellement vers les 07h00, dégouté, je me concocte alors un voyage en train express régional (TER) de secours. J'ai bien sûr été tenté par le covoiturage, mais le principe est moins sûr et n'a pas fonctionné.

Mon premier billet de TGV ne peut être remboursé et j'ai payé tous mes tickets de TER : 4 au total pour aller de Grenoble à Nancy, un trajet qui suit tout de même un axe naturel de communication, la vallée du Rhône et de la Saône. J'ai donc ce jour là largement contribué au capital de la SNCF. Etant un utilisateur fréquent du voyage en train et fervent défenseur de de mode de transport, j'aimerais que l'argent en trop que j'ai donné aux chemins de fer soit investi par la société de la manière suivante :

- promotion des trains de proximité

- réhabilitation d'anciens chemins ferrés. Je vous joint à titre de rappel la carte des chemins ferrés de 1921.

- faciliter le choix de trajet des usagers (l'internet et vos bornes jaunes sont difficiles d'utilisation). Par exemple, cela éviterait de choisir un trajet Dijon-Nancy passant à la fois par Paris et Strasbourg et coûtant évidemment cinq fois le prix normal.

- diminuer le nombre de TGV / LGV, service coûteux, lourd et vendu au grand capital

- installer des robinets qui coulent dans tous les trains. Cela permettrait de se désècher le gosier sans mettre 5 euros dans une bouteille d'Evian. Cela permettrait également de se laver les dents ou de faire une toilette sommaire pour ne pas importuner ses voisins lorsqu'on a courru pour ne pas rater le train.

- multiplier les trains et mieux les programmer plutôt que de faire fluctuer le prix des billets.

 

Cher monsieur-dame de la SNCF, merci d'intégrer ces demandes dans votre politique. Elles ne pourront que simplifier grandement l'usage du train, éviter les stress ambiant et permanent en gare (je vous invite à séjourner en gare de Lyon-Part Dieu pour vos vacances de Noël), en se détachant du grand capital pour se pencher sur le service rendu aux citoyens.

Ce jour là, j'ai passé un agréable voyage en train express régional, malgré quelques longues correspondances. Si ce voyage a été sympathique, j'estime que ce n'est pas grâce à vous.

Au revoir

1921

Posté par pekomoz à 09:38 - Commentaires [1] - Permalien [#]