Alors c’est vrai, c’est la fin. Il paraît. Bientôt ce sera la fin. Tous le disent. Même les riches, même les puissants. Ils n’ont même pas réussi à mettre assez d’argent dans la science pour les tirer de là, les exporter sur une autre terre. Comme si l’argent avait ce pouvoir, hé ! Alors oui, les erreurs ont été accumulées depuis de trop nombreuses années, depuis même des siècles. La société des hommes était bien trop grande pour durer. Les guerres de territoire, de pouvoir. La tyrannie des puissants a fini par couler nos civilisations. Depuis toujours, cette tyrannie a fait souffrir beaucoup trop d’hommes, beaucoup trop de peuples, et même beaucoup trop d’animaux, d’espèces animales et végétales, et aujourd’hui c’est tout le monde qui paie. La vie entière paie une part des excès de ces humains. Intelligents, mais mal organisés, trop peu solidaires, avides de pouvoir et de terres. Avides d’un bonheur pourtant accessible mais pas tout à fait là où les puissants s’y vautraient. On ne peut pas leur en vouloir. Ils avaient des défauts c’est sûr, et c’est triste. Mais je retiendrai aussi ce que nombre d’entre eux ont pu produire. La musique, depuis longtemps, sort de leur doigté et enveloppe leur âme. Toutes ces musiques, quelles qu’elles soient, sont des concentrés d’émotions que seuls les hommes ont pu produire, et qu’ils ont pu partager entre eux. Toutes les formes d’art et de pensées sont également des émotions fantastiques transmises par les hommes. Je retiendrai donc toutes ces belles choses qui font d’eux des gens pas si mauvais, voire même très bons. Mais chacun a ses travers, et ça finit par peser lourd quand on est trop nombreux, trop nombreux à vouloir être se distinguer, à vouloir être au-dessus, au sommet. On a tous ressenti des émotions indescriptibles, on a tous admiré un paysage grandiose contre l’épaule d’un être cher, on a tous vu la tristesse d’un pair et en avons pris soin. On a tous vu des foules se transcender juste par le fait d’être une foule, heureuse d’être formée d’individus heureux, et pour une fois en osmose. On a tous vu la terre, ses formes indescriptibles peuplée de milliards de vies tout autour. On a tous admiré le ciel, qu’il soit lumineux, nuageux ou étoilé. On a tous senti le vent apaisant dans nos cheveux comme dans les feuilles des arbres. On a tous vu la vie s’épanouir sous nos yeux. On a tous aimé, a un moment donné. On a aimé le soleil sur nos peaux, on a aimé se désaltérer entre nous après les efforts du labeur, on a aimé nos pères, on a aimé nos mères, on a aimé nos sœurs et frères, on a aimé nos âmes, nos âmes sœurs, on a aimé nos anciens, on a aimé nos ancêtres et notre histoire. On a aimé la vie. Et l’histoire continuera maintenant sans nous. Alors bonne chance au suivants. Même pas désolés. Car c’est comme ça. On n’était pas fait pour continuer à vivre de cette manière. Alors quand même, Merci. Merci l’histoire, merci l’histoire ancienne de nous avoir donné ça.